bribes (126)

il projette les couleurs vives de l’imaginaire illimité de la sensation de départ. avec énergie et inquiétude

il déshabille la jeune femme charnelle, brutale

goûter au délicieux contact, physique, avec l’émerveillement, le vent, et mille autres énigmes

vague vie, lentement poussif, sans grâce, incertaine, attente vide. routine œuvrait jusqu’à l’insignifiant, et le cimetière

comme un esprit fantôme, il rêve de la découverte de la magie enveloppante de sa poitrine

le regard fendu, il a perdu la trace vécue. se fait mécanicien des vagues d’amours

souvenirs de rires emportant un visage, chantant le ruissellement qui éclate sans boussole, comme un appel irrésistible qui pousse ailleurs et dessine la vie nue

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fourbi du 9 avril 2018

Sentiment mêlé, le matin tôt, de fatigue qui pousserait à hiberner, à s’isoler, et de désir d’aller vers le monde extérieur, de le marquer un peu de son empreinte, d’en percevoir les attraits. Ping-pong.

L’homme assis à la table du café a des cheveux blancs, un pantalon gris, une chemise blanche à carreaux gris, une oreillette, de vieilles lunettes, il lit Le Monde, journal gris, un stylo bic bleu à la main droite, souligne quelques lignes d’un article, tourne la page. « Carnage chimique dans la Ghouta orientale » titre ce quotidien en pages intérieures. Les intrusions des horreurs humaines ne manquent pas, n’ont jamais manqué. Puis l’homme abandonne son quotidien pour un vieux livre aux feuilles jaunies, et son stylo bille pour un crayon à papier et se remet à souligner.

Le ciel est dans son uniforme parfaitement gris.

Les quais du RER Châtelet-Les Halles sont bien gris, aussi.

Je lis Oreiller d’herbes de Sôseki, qui parle de couleurs.

La fenêtre ouverte invite l’air frais mais aussi hélas les klaxons.

Je baille dans le RER. Les gens sont assis.

« Champagne » d’Higelin, quand j’étais gamin, était une chanson qui m’attirait et dont la mélodie me mettait aussi un peu mal à l’aise.

Les feuilles de thé sont sèches dans leur sachet, où je passe la main pour les déposer dans la boule à thé. Puis je verse l’eau de la bouilloire, et la délicate fumée s’élève en silence du mug bleu. Je souffle sur la cuillère de thé et la bois. Le parfum est léger, et c’est ce qui le rend séduisant.

Je me rappelle ce qu’un journaliste avait dit à l’occasion d’un accident d’avion : « Le bilan est de cinq morts, dont trois grièvement ».

Je relis quelques Paroles de Prévert avec plaisir.

La pluie conduit les passants à se protéger d’elle avec des parapluies. On cherche si souvent à se protéger.

Sur le quai, un homme assis, âgé, pieds nus, rouges, gonflés, dans des sortes de babouches, la tête baissée, somnolent, une petite bouteille en plastique dans la main droite, dans laquelle il y a un fond de liquide jaune, et posées à côté de lui, une paire de baskets.

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bribes (125)

au rare et doux coquelicot, je souriais. continue

le double visage d’un avenir radieux dérive

sobriété dans l’ombre, et promesse de braises pour la peau et l’esprit, avec le soleil à proximité

la surface instable, dérangeante, de la vie exploratrice qui cingle l’assignation

avenir malmené, humanité comme un marché d’agressivité. renouveler le jeu du monde, vers des bribes enchanteresses, une fête fragile et fraternelle, où attiser un déplacement

fugue, improvisation, le vent saupoudre avec souplesse la surprise

scintillement de femmes nues, dans les fleurs noires brûlantes

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les derniers métros

les derniers métros emportent les fatigués

qui baillent ou rigolent, braillent ou chuchotent

les corps dans le vague du sommeil qu’ils veulent ignorer, ou dans l’excitation de la prolongation de la vie

brouhaha de voix coincées dans l’inquiétude

grappes souterraines d’adolescences accrochées à leur incertitude

indolence de regards cuits

le rebord d’une fenêtre au lieu d’une épaule, froid sur la joue

impulsion mœlleuse de lèvres sur d’autres lèvres

tentatives de congédier la solitude

quand je quitte le métro, je passe près des vivants délaissés qui ne rentrent pas chez eux, qui tentent de dormir dans les escaliers et les couloirs froids

je passe près des dévastés

hier s’éloigne dans le virage et le crissement de l’accélération

et le métro fera demi-tour

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bribes (124)

court-circuit, bric-à-brac de formes humaines

gris froid, pluvieux, chante encore. son corps cherche la rosée de consolation

l’avenir invité à la patience de la précarité

la neige, belle quiétude pour les notes de piano

vieillir sans l’émiettement, en éclats de rire

elle tend une petite main et abandonne avec confiance l’air chagrin

mendiant un torrent et la soif

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bribes (123)

soleil !

l’homme va et vient entre eschatologie et scatologie

rivage des confins du monde, par-delà les ports. bribes au fruit étrange et fantaisiste

regard égaré dans les ruelles du labyrinthe. j’attends qui attire

course pour une audace. désire le calme apaisant un peu plus tard

client des brumes rudes qui se faufilent dans les mots

désenfouir la pluie captive, le feuillage vacillant d’amertume rugueuse. continue, cœur. revisite, renouvelle la journée entière

le hasard volontaire aurait provoqué des tas de fragments, lanières d’élans chargés de désirs

toute une nuit de joie, dans un geste de défi, démêle

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bribes (122)

dépourvu de plante verte, les défaillances en entraînant d’autres, le désintérêt me tenaillait

la mer enveloppe la violence de la terre, toujours assoiffée, la mord, s’étend

je dépouille la perte invisible, je désire les rêveries des rythmes à venir

non loin, à l’horizon, à l’affût, elle pique la curiosité, la fuite vers l’étrangeté du monde

le chemin se cogne. ligne brisée, inépuisablement. il se délivre au cœur même de son état

la dimension modeste d’une goutte d’eau. mais le plongeon lui procure un éternel recommencement

l’enfance d’un lieu

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l’amante anglaise, marguerite duras

Un fait divers, ce pourrait être la manifestation concrète du désir de changer de vie, de ravir au temps un autre temps. Par exemple : une femme mariée, Claire Lannes, tue sa cousine, Marie-Thérèse Bousquet, qui s’occupe de l’entretien de sa maison, et des repas. Elle découpe son corps, jette un à un les morceaux dans un train, la tête exceptée, qui n’est pas retrouvée. Claire Lannes est arrêtée. Elle reconnaît son crime. Dans la pièce de Duras, un homme interroge le mari, Pierre Lannes, puis la meurtrière : « Elle, elle ne donne aucune raison à ce crime. Alors, je cherche pour elle. »

Claire Lannes dit à l’interrogateur que depuis l’absence de la morte dans la maison, la différence qu’elle remarque est qu’il y a « de la poussière ». «La propreté tenait beaucoup de place dans la maison, elle prenait trop de place». Puis elle se demande si la propreté ne prenait pas la place du «temps». Comme si rendre leur propreté aux choses c’était mentir. Non, les choses, les êtres, le monde, tout cela est sale, et vouloir l’effacer est une forme de trahison du temps.

Par le passé, Claire Lannes a aimé passionnément un homme : « Je ne sais pas à quoi j’ai passé ma vie jusqu’ici. J’ai aimé l’agent de Cahors. ». Ensuite, il y a eu la rencontre avec son mari : « Je me demande bien à quoi j’ai passé ma vie. » Elle n’aime pas son mari, elle n’a pas d’enfants.

Claire Lannes a tué celle qui est responsable de faire réapparaître la propreté parce qu’elle ne supporterait pas que l’on recouvre le temps d’une pellicule. Marie-Thérèse, par sa fonction, symboliserait tous ceux qui veulent donner l’illusion que la vie est une chose propre sur elle, quand en réalité, Claire Lannes pressent inconsciemment que la sienne, de vie, se résume à un effacement du temps. C’est alors que peut surgir en elle l’envie d’effacer à son tour ceux qui veulent la maintenir dans une vie propre en apparence, et donc de supprimer à son tour les traces de celle qui avait comme charge la persistance de la propreté, en jetant les parties de son corps découpé dans le train qui passe près de la maison (située, dans le fait divers dont Duras s’inspire, ça ne s’invente pas, rue de la Paix !). Ce n’était plus tenable de vivre et d’avaler cette nourriture et cette sauce indigestes préparées par Marie-Thérèse, qui maintiennent en vie, en vie douloureuse. Tuer pour être en paix.

L’interrogateur croit que le mari devait souhaiter que « les deux femmes disparaissent de votre vie, afin de vous retrouver seul. Vous avez dû rêver de la fin d’un monde. C’est-à-dire du recommencement d’un autre. Mais qui vous aurait été donné. » Selon Claire, son mari et elle ont tous les deux « rêvé de crime ». Lui n’est pas passé à l’acte. Elle, si. L’inertie de Pierre Lannes, qui rappelle un peu celle de Plume de Michaux, dans « un homme paisible », qui ne se sent pas concerné par les malheurs et le sang autour de lui, maintient les êtres dans leur vie sans vie. La folie du meurtre de Claire Lannes éclaire le désir, potentiellement partagé par tous, de changer de vie, le désir d’effacer ce qui rend celle-ci étrangère à nous-mêmes, pour recommencer.

« Ecoutez-loi, je vous en supplie… » dit-elle à l’interrogateur : Claire Lannes passait beaucoup de temps dans le jardin de la maison. Les autres n’y venaient pas. L’espace ou le temps pour l’écouter parler est venu trop tard. Le crime s’est substitué. Mais le dialogue théâtral s’invite pour donner corps à la parole tuée, réanime le flot par lequel la folie et l’intelligence des choses et des êtres se mélangent.

(Gallimard, collection Folio)

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bribes (121)

un funambule vague se baigne

orphelin des terres lointaines, du ciel. les multiples reflets d’une vie nouvelle se devinent

il cheminait dans une faille où brûle l’aventure

le rêveur rocailleux restaure

dans des fissures menace la mort

un funambule désabusé par le monde brutal, absurde, voudrait de belles vacances

il faudra l’énigmatique simplicité

il ferait clair, en la spontanéité. le parfum, le chant. accord aiguisé

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la fraîcheur *20

d’abord, je perçois en elle un mouvement ascendant, franc, frondeur, qui éclot pour très vite se frotter à la peau, frisson fructueux, et ainsi desserrer le frein du corps et de l’esprit. franchir une frontière, frayer du fraternel

la brèche est ouverte, le corps et l’esprit se lèvent, comme une flèche d’accès à la légèreté, qui exclut l’inaction qui précédait. l’attention est aiguë, claire et nette, au sommet

chercheur cheminant dans les branchages, vers le chatoyant. glissement plaisant, charnel, tout schuss, créant de lui-même de multiples flocons qui roulent sur la chair, qui la pénètrent, chatouillent et font chavirer l’esprit. les occasions de trouver du charme au monde extérieur chantent, avalanchent

vigueur du flâneur. ardeur des couleurs. épices venues d’ailleurs

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