première quinzaine d’octobre 2017 : bribes

épris d’aventure collective et d’éloignement intime

dessinant les pas de côté à la règle

on découvrira une ride, à la progression très lente, sur la constellation

de surprise en surprise, une courbe déployant la joie d’échanger. invention d’un dialogue. réveil

la patience fragile traque le temps. son chant pour l’apaisement exhume les terres des rêves, que jaillissent les mots, dans un geste voué à la réinvention

des rêves, des forces naissent. ils vont. ils souhaitent. ils naviguent. ils essaient. le déséquilibre, les bouleversements, la corruption, les violences, rien ne pesait

cueillir la chair extraordinaire douce-amère pour sourire au-dessus du gouffre

distant de sa vie un peu délabrée, sans le nécessaire chorégraphe

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iduna et braga – de la jeunesse, philippe beck

Souvent, on assiste au spectacle des bras qui tombent, des voix qui se taisent, des paupières alourdies. On subit les paroles inhibant, les clichés paralysant, un aquabonisme lourd. Mais il y a aussi des zones de sollicitation. C’est plaisant par exemple de voir associées dans le livre de Philippe Beck la jeunesse et la poésie (et aussi de trouver dans les phrases de Philippe Beck les mots avec lesquels je circule, « frayement » et « fraîcheur »). La poésie est de la jeunesse libre à cueillir ; la jeunesse est potentiellement poésie. Poésie et jeunesse s’adressent l’une à l’autre comme deux branches mêlées qui se nourrissent de la même sève. Affronter la tradition fatiguée, grinçante, exténuée, en attente d’être revivifiée, la jeunesse sait faire : « jeunesse est chercherie, frayement ». La jeunesse n’est pas seulement une question d’âge (Michaux par exemple est toujours resté jeune). La poésie est une impulsion, celle qui consiste à voir de la vie s’animer grâce aux images qu’elle suscite. C’est être « en état de Tom Sawyer : le caractère éduqué aux possibilités d’aventure ». Alors la jeunesse qui s’engage en elle rajeunit la poésie. Aux jeunes, la poésie offre de « faire vibrer le plaisir de sentir la langue où s’élabore la pensée de leur vie. » « Le poème est la pomme de jouvence, la série des phrases plaisantes et consistantes, juteuses, qui entrent dans le vieillissant lecteur. » La jeunesse insuffle à la poésie un renouvellement inventif. Et à chacun de vieillir élargi.

(éditions josé corti – en lisant en écrivant)

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la fraîcheur *18

Pendant que les dormeurs sont sous leur couette, j’aime éperdument que la nuit elle s’installe durablement. Il est temps de sortir. La fraîcheur refleurit toujours. Elle ne craint pas l’obscurité. Elle veut bien des plages de silence. Elle vient. Un souffle paisible de la nature. J’avance avec elle qui m’accompagne et me suis où que j’aille, exhortation, oxygène clair. C’est comme si à chaque coin de rue nous disparaissions. Elle s’unit à ma peau, la recouvre avec amour pour ne plus faire qu’un avec elle. Durablement. Avec d’infimes variations, selon les mouvements de mon corps en elle qui m’entoure. Dans les maisons, les autres sont entassés dans leur chaleur de plâtre, hypnotisante. La peau molle, les yeux clos. Ils s’enfoncent et se vident. Nous traçons et engrangeons. L’air, doux fouet, entre les arbres s’amuse à animer les feuilles et les branches. J’essaie d’enregistrer son accent. Les réverbères éclairent le sentiment paisible qui nous menace bientôt. J’observe la fraîcheur préparer la rosée des jardins et des parcs. Elle ne compose pas seulement un paysage contre la chaleur ou la moiteur ; elle lutte aussi, essentiellement, contre le vide qui s’y insinue et nous immobilise.

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deuxième quinzaine de septembre 2017

la vie est inventive, pleine d’humour déglingué

le vent invisible, rêche, inépuisable, par le rythme nous entoure de pistes

l’instabilité, l’impatience, camouflant ses rêves

courbe nouvelle surprise pour démultiplier quelques notes

naît de l’exil le froid infaillible du fleuve inabouti

un infini à dérouler, cascade pour une éternité, blessure pour le cœur chroniqueur qui meurt

frissons dans les ravages déments, belles dans le monde sombrant

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La fraîcheur *17

Mes fenêtres sont petites. C’est pourquoi je les ouvre en grand, pour faire venir la fraîcheur. Toujours disponible. Ciel bleu clair ; elle vient par petites rafales. Elle imite le muguet qui s’invite en mai et, au cas où je broie du noir, éclaire l’instant pendant lequel mes narines sentent sur mon chemin son parfum tendre. Elle est parfois accompagnée d’un rayon de soleil, et je la savoure par contraste, la fraîcheur, qui semble être venue pour moi, qui aime de moins en moins avoir chaud. Sorte de dopage, soupçon passager de vie, fait pour alerter : allez, accueille-moi sur ta peau, puis en toi, et tu sauras aller, réveillé de ton inaction par ma petite gifle, par ma petite griffe, maline. Le monde se traîne dans la tiédeur, choisit mal ses ivresses. La fraîcheur dément les temps morts, sourit à l’imminence.

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première quinzaine de septembre 2017: bribes

principe d’accueil de nos richesses. port des liens stupéfiants, comme en rêve l’indifférence

pétillant tendrement, proche de la folie douce, comme un petit torrent inattendu

j’aime une femme jaillie en virtuose, tissée au plaisir

aride vide a toujours une fin, un autre cœur, puissant, secret, nocturne, vivant à contre-jour

Comprendre la vie, il évite. sensible et rude, il regarde. il découvre des fentes. les jardins, les enfants, sa robe (elle sourit). d’énergiques clartés. apaisé

infatigable sève en errance, rythme voyageur, énergie d’une dérobade

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août 2017 : bribes

invente une communauté où l’on parle, on invente, dans un élan de désordre fluide. possibilité d’émerveillement, et ça semble infini

moisson de magma, air de révolution, métamorphose

sa vie durant, foire chamboulant les carcans, les mirages

dans le désordre, humeurs, moments de fièvre, débordements

où trouver. dans des rythmes insolites. dans un désordre de magie merveilleuse. la fenêtre est immense. feuillette une heure. un jour chantonnait

l’inventivité pousse, perpétuel milieu fluide. devenir

samba souple s’élance sans relâche

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je suis une plage

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

L’obscurité faiblit. Je m’étire. Une dernière fois, je n’appartiens qu’à ce que je désire.

Je regarde les dunes. Les goélands, le vent me peuplent.

Après le calme des heures matinales, je souffre des voix trop nombreuses des adultes qui se ruent et je pardonne les stridences des enfants et je souffre des moteurs des bateaux qui approchent. Je redoute leurs ancres.

Les avions qui me survolent, qu’ils osent se poser : je les emprisonne.

Sur ma peau, les traces de celles et ceux qui déambulent m’indiffèrent, mais pas le flux des vaguelettes sur ma peau mouillée. Toujours je l’accueille. Je goûte son sel.

J’aime quand un enfant ne pleure plus de poser ses petits pieds sur ma peau sablée, et même me prend dans ses petites mains, et même m’avale avidement.

Châteaux innombrables puis ruines.

Un homme et une femme courent l’un après l’autre, tombent sur moi, roulent, s’enlacent, chahutent. J’entends comme personne leurs rires percer, leurs souffles se mélanger, leurs petits cris de frayeur jouée et de plaisir naissant. Maladie d’amour, maladie de la jeunesse.

Les rochers silencieux et immobiles m’entourent et le soir me réchauffent, comme un châle.

J’aimerais changer de couleur de peau, être grise, être noire. Pour me transformer en un vrai cimetière de coquillages.

C’est le soir. La solitude dans les têtes de chacun, je la sens. Les corps avancent. Mêmes pas mécaniques, vides. L’heure de rentrer dans ce qui leur est imposé. Il faut, je dois. Fin de la plage, fin des désirs et des vagabondages. Glu des heures qui enchaînent.

Le soir, je suis légère. Je suis bien. Quelques-uns s’attardent. J’aime leurs mains chaudes encore sur ma peau qui fraîchit.

La marée monte.

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

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deuxième quinzaine de juillet 2017 : bribes

adolescence, à corps perdu dans la faille, cherchant une intensité, une vastitude irradiant

adolescence, installation de paillettes incandescentes

soirées joyeuses et désespérées, rondeurs et précipices

nonchalance teinte par le malheur qui guette

train-train insignifiant, repli, illusion, plaies, mais en lui soif sauvage

jeune cascade de désirs et d’amertume

être soi peu à peu, en mouvement

corps qui penche, qui cherche à habiter une nouvelle vie

un filet de lumière

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essai d’assèchement de l’île de Houat 5/

24 juillet, grande plage

12h10. Un couple sort de la mer en portant un zodiaque rouge pour le déposer sur le sable sec. Shorts. Manteaux de pluie. Pieds nus. Ils remontent vers le village. Un goéland vole au-dessus de moi en silence. J’écoute le bruit incessant ou presque des vaguelettes au bord de l’eau. La plage est presque vide. Je compte en tout douze personnes. Deux sont assises. Les autres marchent. Un zodiaque blanc s’approche de la plage. Les passagers rament. Pas de bruit de moteur. Il pleut une pluie fine. Je compte une cinquantaine de bateaux au large de la plage. Toutes voiles baissées. Ciel parfaitement nuageux. Nuages blancs, gris. Vent léger. La mer est basse. Le sable sec est recouvert d’une fine pellicule de sable humide, dûe à la bruine de ce matin. Le zodiaque est sur la plage. Deux adultes, deux enfants en sont descendus. Des algues au bord de l’eau. – Marianne, on y va, dit une enfant. Legging noir, manteau rose à pois blancs. Des gouttes d’eau sur les brins d’herbe de la dune. – Ah ah ah ah ah ! Trois personnes remontent vers le chemin qui mène à la plage ou qui fait qu’on la quitte. Petites fleurs aux pétales blancs, aux reflets mauve pâle. Quelqu’un court au bord de l’eau. Un goéland marche sur le sable dans ma direction, seul. Pattes rouges. Bec très fin aux reflets rouges. Pelage blanc et gris. Il plonge son bec plusieurs fois dans son pelage. La personne qui court s’est rapprochée. C’est une femme, manteau jaune, jambes nues, gants noirs. Le goéland est toujours là devant moi, regarde dans ma direction, attend peut-être quelque chose à manger. Vent doux. Il finit par s’envoler, vole d’abord en rase-motte, puis disparaît. Devant moi, des restes d’un château de sable. Je compte 27 donjons de sable disposés en cercle. Des ronces parsèment la dune. Au bout de la plage, loin, à ma droite, le vieux port, détruit par une tempête en 1951. Une partie a été préservée. Une maison blanche, grande, un étage, fenêtres aux volets bleu pâle. La petite île d’Hoëdic (caneton en breton, Houat, canard) face à la grande plage. Un voilier blanc passe entre elle et Houat. Pas un bruit de voix depuis plusieurs minutes. Des promeneurs viennent de ma droite. Ils sont six, marchent deux par deux. Bouées jaunes pour le chenal. Mon capuchon de stylo tombe dans le sable et s’y enfonce presque entièrement tout de suite. Je le ramasse. Deux petits oiseaux volent et chantent. Volent ensemble puis se séparent. Moteur d’avion caché par les nuages. Deux couples forment maintenant un groupe de quatre. Deux hommes. Deux femmes. Une des femmes tousse. L’autre prend son sac blanc et cherche quelque chose. Petites gouttes de pluie. Ils repartent et se scindent à nouveau en couples. L’un est jeune, l’autre plus âgé. La jeune femme tape sur les fesses de son compagnon une fois, deux fois, doucement, amoureusement. Pluie fine et vent léger. Trois voiliers avancent sans bruit vers le port. L’encre et l’eau de pluie forment sur la page droite de mon carnet de minuscules gouttes grises. 12h40.

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