la fraîcheur *5

dévêtue des hier

où la détresse veille

la fraîcheur a le corps vif de l’ardeur

des saveurs s’offrent le matin

le jour incertain s’étend à perte de vue

vers d’autres frissons, promenades

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

la fraîcheur *4

le cou tendu vers elle, patient, douloureux à force de l’attendre et de pouvoir la sentir vraiment

la fraîcheur recherchée du petit fil d’air, seul, rare et mince

comme si elle venait de l’infini

réduite à si peu

dans le long pays de la chaleur moite, envahissante, sauvage, dominatrice

qui l’engloutirait de sa force de dragon toujours en avance

imprécise, semblable à un vestige, mais qui produit ce pour quoi elle est

fraîcheur qui ne s’affole pas

qui accomplit son geste contre l’asphyxie

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

la fraîcheur *3

la fraîcheur de la première fois où l’on sèche

brouillon des bravades à venir

commencée par le mur enjambé

puis la course effrénée vers les chemins autres

accélération, douceur

le souffle court et le large sourire

le cœur battant plus fort, insufflant une énergie victorieuse

le temps en expansion glissant

les multiples issues frappant à la porte intérieure

grande ouverte fraîcheur

les merveilleux nuages filent aussi

pour d’autres tours de ciel

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

la fraîcheur *2

elle est là sous la surface miroitante, lorsque tu entres dans l’océan et que ton corps la traverse, pour te mêler à elle, solide, prête à t’accueillir

mais ne compte pas sur elle pour la moindre concession, elle t’entoure de tout son océanique être énigmatique

qui pourrait t’engloutir

tu te décides à en apprivoiser les bienfaits, à la regarder, à t’éloigner, à revenir vers elle, comme avant une danse, à jouer avec le temps, pour que la distance qui vous séparait se dilue d’elle-même

tu observes de très près les infimes infinis mouvements de sa peau brillante, tu sens sur la tienne les subites ou subtiles circulations de fraîcheur

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

la fraîcheur

alors que la nuit persiste encore pour quelques minutes, à côté de moi qui suis éveillé, qui observe, qui attend, la fraîcheur sommeille

pas tout à fait prête, comme si elle portait un masque, pour détourner d’elle mon attention

sa respiration naviguerait sur des vagues souples, des gouttelettes éclabousseraient sa peau nue, effaçant, l’air de rien, toute trace de torpeur nocturne

son visage de petit miracle s’allumant, son corps agile s’insinuant en moi qui la sens vibrer

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

deuxième quinzaine de juillet 2016 : bribes

les péripéties insignifiantes du conformisme, imbu de lui-même, insoluble

tu découvres ses rêves d’une vigueur oubliée. une sculpture du ravissement. dans les gares et le silence des rues désertes, vers les volcans, sur les quais : éclairs du monde intérieur

morts. blessure dont je ne suis pas séparé

ses tourbillons dans le silence pour atteindre le mûrissement

désaccordé, dans la grisaille et l’isolement. périls, mais approcher des forces actives. invite à penser, grand pays

puise la couleur, la transparence, la souplesse, une vie de simplicité

histoire d’une saisie bien difficile, l’éclosion des secrets des désirs

élan de souplesse, mais tranchante

Publié dans bribes | Laisser un commentaire

première quinzaine de juillet 2016 : bribes

talent : exemple précieux. poursuivre, tremblant. inventer la silhouette découverte

piste elle-même égarée dans des continents de chimères. incursion des bribes à émettre

l’errance coulait, en équilibre instable, parfumé, sans cesse surprenant. désaffectée pour apercevoir

irruption en la douceur, comme neige qui se fait jour

il cherche l’enthousiasme et la facétie de la question, comme riposte à un destin affirmé, linéaire. composée dans les lointains et la vivacité

jeter nos habitudes doctrinaires

puiser essayait de provoquer, attirait la vie

l’aisance enchantée d’un air heureux

Publié dans bribes | Laisser un commentaire

Pierre Pachet, La Violence du temps – Fiodorov et Mourjenko – Camp n°389/36

J’ai recherché, sans succès, ce que sont devenus Iouri Fiodorov et Alexei Mourjenko. Libérés ? Morts en camp ? Aucune trace d’eux, aujourd’hui.

Deux hommes veulent un ailleurs. Le pouvoir du pays où ils vivent les en empêche. Malgré tout, pour être soi-même, tentative d’évasion. Emprisonnement. Ils doivent donc combattre.

Le voyage de Pachet à Moscou, au début des années 80 (La Violence du temps paraît fin 1982), sous Brejnev, est suscité par la proposition de rencontrer la femme pour l’un, et la mère pour l’autre, de deux prisonniers soviétiques, Fiodorov et Mourjenko, qui ont tenté de fuir, avec d’autres, l’URSS en avion, en 1970, qui ont été de ce fait condamnés, et qui restent les seuls à l’être encore. Il relate la rencontre avec elles, et se donne pour but de « répercuter la parole vivante » des deux femmes, que Pachet définit comme « ni des intellectuelles ni des femmes d’intellectuels ». « Pourtant, ajoute-t-il, nous sentons immédiatement que ce qui les fait vivre et les anime, outre une vertu (le courage), est leur relation avec ce qui est passionnant dans l’activité de l’esprit : la vérité, l’exactitude, l’invention, la pensée. » L’activité de l’esprit est bien donnée à chacun, quel qu’il soit. Mais quel fait, quelle parole, quelle situation, quel moment viennent la mettre en mouvement ?

Voyage en URSS donc. A travers cette volonté de faire circuler la parole d’êtres à l’existence étouffée, emprisonnés dans un autre pays (pas vraiment une démocratie) que le sien, se déploie la question du rapport de l’individu que l’on est (constitué par un rapport de soi à soi, et de soi à la société et aux autres individus qui en font partie et qui en sont les acteurs) au pays, à l’ailleurs où on le déplace. « Eprouver ce que c’est qu’être soi ». Ressentir ce qui va, à l’intérieur de soi, se déplacer, se questionner. Trajet personnel autant que géographique (Moscou et sa banlieue), où l’attention à l’autre ne peut se séparer de l’attention à soi-même.

Dès le passage à la frontière, dès l’arrivée dans l’hôtel, Pachet connaît le sentiment d’être à tout moment susceptible d’être surveillé (me revient en mémoire, à mon tour, ce que nous a raconté un guide au Viêt-Nam, au sujet de la même surveillance systématique qu’il subissait parce qu’il était en contact avec des Occidentaux, ou encore la conversation, dans un café de la banlieue de Tunis, avec un jeune Tunisien qui s’approchait très près de moi pour me parler, chuchoter, parce qu’elle était de nature politique, et qu’il était question de Ben Ali). Et les Soviétiques connaissent, eux, quotidiennement, « mensonge, duplicité », le sentiment déshumanisant d’être obligé de vivre en s’interdisant le contact avec autrui, en se surveillant constamment, en voyant donc empêchée, pour chacun, la possibilité que circule entre les individus la disponibilité à l’autre.

Or, Pachet est à la recherche d’autre chose, qui nourrit sa réflexion : « Nous allons à la recherche de pensées libres, nous avons rendez-vous avec elles, pour apprendre d’elles ce qu’elles sont : pensées qui se forment dans le risque, occupant un espace qu’elles créent. S’avançant dans rien, dans l’obscurité totale… pour peut-être l’éclairer en retour. Pensées qui bougent, s’étirent, et peut-être dans leur espacement y aura-t-il où se mouvoir. »

Pour qu’il y ait de la pensée, il faut, dit Pachet, de l’espace. Il faut un lieu (dialogue, carnet, lettre, livre…) où elle puisse (se) créer, se déployer, une géographie où elle coule, comme une fontaine, s’épanouit, va. Où elle ne se sente pas surveillée, sans quoi elle va devoir freiner son chemin. Et puis Pachet associe la pensée au mouvement, ou plus exactement au mouvement d’un corps qui bouge, s’étire, comme si elle sortait du sommeil, et s’apprêtait à exprimer sa force, sa fraîcheur nouvelles. Ces deux métaphores qui animent la pensée, la géographie, le corps, unis dans le mouvement, on les retrouve dans le passage suivant, qui dit avec acuité la proximité de l’individu avec une pensée mouvante, l’orientation toujours malléable de l’individu en contact avec ce qui, dans l’espace, l’entoure, l’inclut, qui en fait encore, en un sens, un nouveau-né, parce que toujours ouvert, entrouvert, comme une fontanelle.

« Mais un être humain n’est jamais tout à fait constitué, jamais parfaitement enclos : à ma frontière orientale, il y a une incertitude, un souci. Ce qui se passe à mon Est me concerne non comme des nouvelles du pays natal, mais parce que cela irrite la zone où je ne suis pas tout à fait ossifié, ma fontanelle d’Occidental. Les nouvelles de là-bas, en même temps, me révèlent de quoi je suis fait, vivant ici. Pas seulement de prospérité, de diversité abondante ; mais aussi d’Histoire, du combat des interprétations et des opinions, et de la fatigue même à supporter ce combat qui ne cesse pas ; je suis fait avant tout d’Histoires et d’interprétations – obscures, conformistes, contradictoires ou absurdes – concernant ce qui a eu lieu et que, le sachant, j’ai assimilé à mon être. »

Avant la rencontre avec les deux femmes, Pachet observe la foule moscovite. Il remarque que sa façon de se mouvoir s’oppose à ce qu’elle pourrait offrir comme « liens multiples » (comme pour une grève, précise-t-il) : rien de tel, ici ; une foule inconsciente de ses potentialités. Tout le contraire dans une conversation (comme dans Conversations à Jassy, elle est un moteur de la pensée et du récit que l’on lit). Par elle, comme Clarissa Dalloway le ressent (dans Mrs Dalloway, traduit par Marie-Claire Pasquier, Folio), on peut éviter la déception de « si mal connaître les autres ». […] Si bien que pour se connaître, ou pour connaître n’importe qui, il fallait chercher les gens qui vous complétaient ; les endroits, même. »

La Violence du temps, éditions du Seuil (édition numérique).

Publié dans lectures | Laisser un commentaire

moments dépourvus d’événements (10)

L. lit, je lis, et nous nous parlons. M. joue, il construit une montagne de sable. Les vêtements, les objets, sont en désordre. La dune, abîmée par les pas et les sauts, qui reprend quelques forces, plonge sur la plage en pente douce. Son relief vert vif, mobile, coiffé ou décoiffé par le vent. Les innombrables grains de sable sec, presque blancs, recouverts, sur une portion, d’une pellicule de sable marron, imposent leur masse collective, puis laissent place à la mer bleue, haute, arrivée au terme de son trajet, qui fonce à mesure que le soleil irradie moins fort, rayonne ailleurs. Les clapotis des vagues sont comme fatigués, il y a même quelques brefs instants de silence entre eux. Plus personne ou presque, depuis que quatre marcheurs se sont éclipsé au loin. Un zodiaque gris et bleu ; une barque blanche, vides. Plus de cris d’enfants, plus de conversations d’adultes, plus de rappels à l’ordre. Un amenuisement progressif, naturel, des traces des existences, doucement. Cela pourrait ressembler à cela, la fin du monde ; une fin paisible, qui ne ressemble pas à une fin, mais à une parenthèse, une plage, un dernier cadeau de sérénité, avant la disparition irrémédiable.

Publié dans la vie remue | Laisser un commentaire

deuxième quinzaine de juin 2016 : bribes

la langue anime, ventile, clairière bizarre, puissance joyeuse

déambuler de nouvelles saveurs au quotidien

enfants : dessins sur le vif, paysages de passage que la vie perd

marin avec le soleil

se faufiler dans l’énergie l’enchante. serpent entre les découvertes et ses souvenirs

un mystère : les enfants auraient disparu, cueillis pour une grande inventivité

fut écrivain, voyageur, provisoire. vie se décolore. quitter encore s’insinue. mais présent. sensations, conversations, chansons rencontrées, vivantes. respire dans les souvenirs

Publié dans bribes | Laisser un commentaire