la fraîcheur *13

Une œuvre est une tentative de rafraîchissement de l’usure du monde,
d’enterrement de la mort dans la vie,
de vigueur, de flux, que la défaite indiffère.

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première quinzaine de février 2017 : bribes

rien n’est simple. la fenêtre s’ouvre sur tant de ruisseaux. sables, hésitations

manière abrupte, un peu illisible. semble débarquer. comme lointain, il déambule, dérive. en embuscade dans les creux du monde. besoin de résonne. transforme la certitude. se réfugie dans le printemps

espace de recherche dans le vaste paysage de vivre. le plaisir fracasse le désespoir. le trésor de la vivacité séduit. appel par la sensualité

désir d’être sur une arête, un autre corps mouvant. un départ quelque part. me laisser porter par la couleur, ou bien adoucir mes failles

tenter la méthode vagabonde, dense et douce, sans conclusion

l’air de rien, déconcertant, revigorait

explorer des allants. le chamboulement du cœur, les liens créateurs

se lance dans le vol en dysharmonie de la lecture

je convoite un mot déraciné, infligeant radicalement défaite à la captivité, en raclant la douleur

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l’homme oligarchique

Il y a des hommes qui disent se mettre au service des autres. Ils ont de la volonté, mais aussi une carrière, par imitation, instinct de conservation, volonté de survie, vide. Cela les fatigue, à force. Il n’entendent plus l’usure de leur discours. L’homme qui dit avoir une vision pour les autres est au fond un homme myope. Vieilles recettes invariablement ressassées.

Pensant que cela ne circulera pas ailleurs que dans le même petit cercle fermé des habitués, il fait profiter de son pouvoir autour de lui. Il distribue à ceux qui ont déjà ou qui auront bientôt. Autant que possible ; plus, si possible. Il ne donne pas à ceux qui n’ont pas grand chose ou qui n’auront rien. Mais patatras, ça circule ailleurs, ça se sait. Et il s’étonne, et il s’offusque, qu’on s’en étonne. Il ne voit que ceux qui sont à côté de lui. Vieille habitude. Il ne donne pas à ses actes l’exemplarité que devrait avoir son discours. Ce serait possible de donner leur part à ceux qui sont exclus du cercle. Regardez, ce qu’il faudrait faire, je l’ai fait, dirait l’homme. Je donne confiance, j’ouvre la porte, j’intègre, je fais circuler les parts à ceux qui en sont généralement privés. Mais l’homme est vieux. Au lieu de recul et de bon sens et de raison, il raisonne en privilégié. Il ne voit que son problème. Il ne voit pas le problème. Il ne le voit que parce que la survivance, remise en question, de son ambition personnelle, l’oblige à voir. Il reproche qu’on le lui reproche. L’homme ne s’aperçoit pas que la légalité n’est pas un argument suffisant. Il lui arrive de permettre le pire, à la légalité. L’homme s’étonne. Ce n’est pas à son avantage quand ça circule de trop.

L’homme s’accroche. L’homme invoque la démocratie mise en danger par les autres, préservée par lui. L’homme ne voit pas que le simple fait qu’il soit encore là, à parler de la démocratie, pour reconquérir le pouvoir qu’il a déjà maintes fois exercé pour le compte d’un petit nombre, est le contraire de la démocratie. L’homme ne voit pas que le problème commence dès qu’il sollicite encore une fois la place d’homme de pouvoir. L’homme est perdu, fichu, et il persévère. A quoi joue l’homme. L’homme est désespérant. L’homme est prisonnier de réflexes hors d’âge qu’il n’est plus capable d’analyser. L’homme sans recul sur lui-même veut gouverner les autres. Le guide est aveugle. Il ne mesure pas les conséquences. Il joue avec le feu. Il se moque des autres. Il y a lui et ceux qui sont pour lui. Le monde s’arrête là. Quand le monde se rappelle à lui, il se souvient de son existence encombrante. Il s’agace. Il va devoir faire avec un moment, le plus court possible, pour s’en débarrasser encore, le plus longtemps possible. L’homme dans son étonnement ensevelit l’homme. Gouverner, c’est ne pas voir.

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deuxième quinzaine de janvier 2017 : bribes

pratiquant les samples, déroule des mots. jeu de traces

essence joyeuse, solaire, ne tarde pas. découvre d’autres gestes, et brassée de saveurs dans les yeux de tous les jours

fête désinvolte de papillons sous les étoiles, légère, aérienne ; euphorie du temps

nous oublions de mêler aux lambeaux les accents d’une lueur impossible à décourager

l’aventure sauvage de l’irruption du vouloir

profondément, inévitablement, l’essai, qu’on puisse vivre

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la fraîcheur *12

les lourds vêtements éparpillés
flânons

l’enquête sur ta peau
aiguise doucement
comme une évasion dans le présent
belle saison
comme une nappe de fraîcheur qui s’étend

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première quinzaine de janvier 2017 : bribes

la danse est son pays. elle tisse avec la nature de son corps vif le paysage rêvé

elle est inquiète. sensible aux autres lieux qui brillent. pleins de singularités. espaces de la tendresse pour l’homme

elle aime se déguiser en extase délurée. en légère ébriété ludique

nulle explication à la souplesse. source, rivière. électrique, onirique

équilibriste épousant la surface de l’eau. chorégraphie humide

désinvolture aventureuse de son corps, clandestine, à donner le tournis

désire une terre de fantaisie tactile

jouissance un peu plus vertigineuse qui chante ses ciels changeants

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note sur la suppression générale des partis politiques, simone weil

Comment bien débuter une année ? En lisant cet article de Simone Weil, paru en 1950. C’est court, percutant et revigorant. Loin des pratiques primaires des partis, à la mode ces derniers temps.

En un peu plus de trente petites pages, pas le temps de tergiverser. Commencer par rappeler que 1789 n’incluait pas les partis dans sa conception politique. Continuer, en écho au questionnement dans La République de Platon, en posant que « Seul ce qui est juste est légitime ». A partir de là, et avec une rapide et lumineuse bifurcation vers le Contrat social, le grand écart entre partis et justice saute aux yeux : quand, comme font les partis, on fabrique de la passion collective (qui pour Rousseau n’a pas la clairvoyance de la raison), quand on exerce une pression « sur la pensée de chacun » et qu’on a comme fin sa survie, non seulement on s’éloigne dangereusement du désir de justice, mais, n’y va pas de main morte Simone Weil, « tout parti est totalitaire, en germe et en aspiration ».

Simone Weill ajoute : « si on a un critère du bien autre que le bien, on perd la notion de bien ». Un exemple permet de réduire à presque rien l’éventuelle protestation d’un membre de parti assurant de son honnêteté et de sa volonté de faire le bien commun : la façon dont il va presque toujours soumettre sa pensée à la discipline et aux décisions de son parti, quelle que soit l’adhésion qu’il éprouve à leur sujet. C’est ce qui s’appelle porter une « étiquette ».

Alors que faire ? « Des solutions ne sont pas facile à concevoir. Mais il est évident, après un examen attentif, que toute solution impliquerait d’abord la suppression des partis politiques ». Joli chantier. Aujourd’hui, on est très loin du compte, sans doute : les partis dominent les institutions politiques depuis si longtemps. Mais la force de Simone Weil est de rappeler des évidences fondatrices, qui ne s’usent pas avec le temps, mais que, pour conserver le pouvoir, les partis s’emploient à édulcorer ou à confisquer avec hypocrisie ou arrière-pensée.

Simone Weill conclut sur la vertu de l’attention, essentielle à l’esprit pour discerner ce qui est juste – conforme à la volonté générale (sans que l’intérêt personnel n’entre en jeu) – et la nécessité d’exercer sa pensée, sans confondre cet exercice avec celui de prendre, justement, déjà, hélas, parti (être pour ou contre). Voici la façon dont on devrait, selon elle, procéder dans les écoles :

« Méditez ce texte et exprimer les réflexions qui vous viennent à l’esprit ».

(Editions Sillage)

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14 juillet, éric vuillard

« Des familles de mendiants somnolent sous les porches. Beaucoup de Parisiens ont à peine de quoi acheter du pain. Mais le pays, lui, n’est pas pauvre. Il s’est même enrichi. Le profit colonial, industriel, minier, a permis à toute une bourgeoisie de prospérer. Et puis les riches paient peu d’impôts ; l’État est presque ruiné, mais les rentiers ne sont pas à plaindre. Ce sont les salariés qui triment pour rien, les artisans, les petits commerçants, les manœuvres. Enfin, il y a les chômeurs, tout un peuple inutile, affamé. »

Tiens. Ce passage du récit du 14 juillet 1789 à Paris rend dérisoires les séparations arbitraires entre le passé et le présent. Il pourrait aller comme un gant à d’autres époques, à d’autres pays. Peut-être même, à aujourd’hui ou demain.

Vuillard constate que le 14 juillet, date incontournable dans l’Histoire de France, est en réalité très mal connu. Les récits l’évoquant sont « empesés ou lacunaires ». D’où le principe de son récit, 14 juillet : « C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit ». Il y a les archives pour donner des noms à celles et ceux qui, parmi la foule, ont investi la Bastille. Et sur quelques pages, une saisissante liste de prénoms, parfois, et de noms, qui donne une tout autre dimension au mot foule. Les anonymes ont un nom aussi, peut-être même une identité, une vie, des pensées, des sentiments ; pas seulement les célèbres, les noms qu’on lit, toujours à peu près les mêmes, dans les manuels d’histoire : « C’est étrange, les noms, on dirait qu’on touche quelqu’un. » La perspective n’est plus la même. Elle rejoint ce que Rancière développe dans Figures de l’histoire : L’Histoire […] est aussi l’étoffe nouvelle dans laquelle sont prises les perceptions et les sensations de chacun. Le temps de l’histoire n’est pas seulement celui des destins collectifs. Il est celui où n’importe qui et n’importe quoi font histoire et témoignent de l’histoire. »

C’est ainsi. « Des milliers de récits crépitent, circulent, s’épanouissent ». L’Histoire du 14 juillet n’est plus une sélection ordonnée séparant les grands noms des anonymes, une reconstitution après coup. C’est une complexité anarchique qui débouche sur une Révolution, dessinant au pays un visage transformé.

Les révoltes populaires peuvent survenir à tout moment, mais, précise Vuillard, elles surgissent rarement, «car il faut bien vivre, il faut bien mener sa barque ; on ne peut pas s’insurger toujours ; on a besoin d’un peu de paix pour faire des enfants, travailler, s’aimer et vivre.» Le peuple ne naît ni ne vit pour et par la révolte ; à un certain moment de sa vie, elle se présente comme nécessaire.

L’imprévisible règne, et dès qu’il pointe son nez, le pouvoir est fébrile. Parfois, il n’y a plus rien à faire.

« Une immense allégresse s’empara de la ville. On dansait, on chantait, on riait. Les témoignages du jour parlent d’une ambiance folle, exubérante, jamais vue. La joie. Cela n’arrive pas tous les jours, la joie. »

Les dernières pages, au conditionnel, n’enferment pas le 14 juillet dans le formol de l’Histoire, que l’on se résigne à commémorer comme si le passé n’appartenait plus qu’au passé : « Il faudrait, de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Élysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir. »

(éditions Actes sud)

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deuxième quinzaine de décembre 2016 : bribes

son corps est un flux de jeunesse inventive, implosive

enfant fuyant hors du temps, s’aventurer au vol enchanté des montagnes et aux noms rares des fleuves

la petite fille devine la vie selon sa logique. crée un sourire. rôde pour l’inspiration. joies surgissent. un autre pays avec soi

dans les eaux du fleuve, s’abandonner au triomphe du soleil, ponctuation à l’écart des remous

pensée mouvante. viserait une trace particulière de vie. village intérieur empli de potentiels

tuerie depuis la nuit des temps. compter les cicatrices dans le cœur des foules

l’abandon au cœur de la vie. nœud des troubles, s’en détourne

bribe de poussière. ne cesse encore

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salut

« Unité du silence
Superficies par le silence » (Henri Michaux)

j’ai allumé une cigarette
en pensant à toi

elle a brillé dans la nuit froide
le temps qu’elle a pu

tu as quitté ton île

soudain définitif

île déserte

frère du silence

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