première quinzaine de juin 2017 : bribes

on apprend la mort. perpétuellement une vague retombe. en elle le parfum des douleurs

fraternelle. énergiquement solaire. élan de beauté. bribes où elle marchera, revigorant la liberté

elle côtoie le manque, mais une promenade conduit où l’air est vif, l’invitant aux éblouissements

les baisers scandés et les caresses émerveillantes, tout nous enchanta

renaître à l’heure où les gens se couchent

fouille dans le combat, la fatigue, la lassitude, l’égarement. ramasse ce flambeau presque éteint de l’émancipation

dans un monde insensé, l’humanité redonne vie. résonnant comme un refuge magique

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la fraîcheur *15

Les nuages étaient nombreux dans le matin frais. Ils s’étaient rassemblés dans le ciel bleu. Les uns contre les autres, de l’air de ceux que rien ne presse, ils avançaient très lentement, comme si, tranquilles, bienheureux, au lieu d’aller voter, ils préféraient manifester dans l’azur.

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deuxième quinzaine de mai 2017 : bribes

le temps s’abîme de se sentir écrasé

élan vital, souffle plus large, reliefs d’eau fraîche

accents d’âmes douloureuses

une sève rêvasse un voyage pour disparaître

le poète émiette les constellations

une vie simple de déambulations par mégarde dans l’avenir

la rivière argentée des vols d’oiseaux tutoie l’horizon du rêve voisin

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neige silencieuse, neige secrète, conrad aiken

Paul Hasleman, comme les autres enfants, sait que la réalité qui nous est proposée ne suffit pas. Il faut l’associer à autre chose qui la dédouble. Seule, nue, la réalité est décevante. Elle traîne les pieds. Sans le décider vraiment, on ressent la nécessité d’autre chose, pour nous accompagner dans notre bizarre solitude. Aiken décrit cela très justement, avec simplicité, « comme une babiole particulièrement belle que l’on porte sur soi, sans le dire à personne, dans une poche de son pantalon ». Pour Paul, ce sera la neige. L’aura de la neige. La neige qui recouvre le réel, qui devient l’interlocutrice de Paul. Qui le réchauffe. Cela doit rester un secret, sans quoi les adultes (les parents) pourraient détruire ce qui aide l’enfant à se protéger du réel, et à le supporter. Circulent ainsi dans l’esprit de Paul une foule de pensées qui tournoient et enrichissent son univers intérieur, et qui éclairent crûment sur la pauvreté du quotidien, et le triste sérieux des adultes. Le quotidien a besoin d’être recréé, grâce à la neige, avec la neige. Mais la neige isole aussi. Elle pourrait faire plus : estomper le réel qu’elle recouvre et en séparer Paul. Comment fixer des limites à la neige ? Comment lui résister, elle qui efface un réel si peu attirant ? Cela le conduira à devoir lutter contre ceux qui n’ont pas accès à son univers blanc et froid, qui voudraient creuser ce que son secret a de si impénétrable. Il se pourrait, aux yeux des adultes, que Paul s’y perde, dans cette « beauté […] paralysante ». Mais est-ce si sûr ?

Ce splendide court récit d’Aiken raconte toute la complexité de la confrontation entre le monde intérieur d’un individu et le quotidien dans lequel il se crée, le délicat passage du monde de l’enfance à celui des adultes, la tension entre imaginaire et réalité, entre ce qui est désirable et ce qui vient lui faire ombre.

(traduction de Joëlle Naïm, éditions La barque)

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ligne 2, 19 mai, porte dauphine-la chapelle

au moment où le métro accélère, on se croirait un peu dans un avion qui va décoller

les voix enregistrées en anglais, en allemand, confirmeraient presque cette impression

j’échange un sourire avec quelqu’un avant la station Ternes, qui porte donc mal son nom

la plupart des visages sont sérieux, fermés, préoccupés par quoi ?

c’est que nous n’avons pas décollé. nous sommes dans un souterrain

une femme lit attentivement un texte juridique précisant que l’expulsion ne sera pas prononcée

mais elle devra payer 1500 € d’indemnités

le quai est rempli, quelle est la vie de tous ces gens ?

une femme entre et lit Jane Austen en anglais

– vous voulez vous asseoir madame ? un oui et un sourire timides pour réponse

des voix étrangères parviennent jusqu’à moi pour maintenir l’illusion du voyage, un accent venu des pays de l’est

la voix de la conductrice signale que la rame doit rester à l’arrêt

(inspiré par les Poèmes de métro de Jacques Jouet, éditions pol)

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première quinzaine de mai 2017 : bribes

et ma vie riait des images ensoleillées

l’élan sans euphorie, touche de peinture des voix intérieures, désoriente, comme des routes qui semblent inachevées

le bon vieux temps, ça fait longtemps, tombe en panne

étendue dans la clairière de l’effervescence

la force bizarre du vagabond, une broussaille d’enchantements

qu’est-ce qu’on attend

fournir le sursaut

désirable tenace

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deuxième quinzaine d’avril 2017 : bribes

prisonnier dans les ronces des finances, ou dans l’enfer clos où dresser les uns contre les autres. mais il y aura une issue pour la vie accueillante

les coups à la solidarité. éclosion de l’écœurement

troubler l’autorité, l’enfermement. réanimer le cheminement, la perception. voyage médecin

visage fluide, avec tendresse, éblouit

les mots comme une averse hors la loi

je m’aperçus que j’étais fou d’oxygène, et des métamorphoses de souplesse, avec rage

le chemin renouvelant les enchantements

lances des sensibilités venant susciter. flèche clarificatrice. à l’aventure pour un changement de cap

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moments dépourvus d’événements (11)

Fin d’après-midi douce. Assis tout près du bord de l’océan, c’est comme si mon regard se mêlait à sa surface sans parvenir à percer l’étrangeté des profondeurs qu’elle voile. Il se pourrait bien qu’elles soient décevantes. Les nuances de couleurs sont, elles, facilement perceptibles, des tons verts aux bleus, par nappes, jusqu’à Hoëdic ; ensuite, elles disparaissent de mon champ de vision. A côté de moi, les clapotis inusables et légers des vaguelettes empêchent le silence. A ma gauche, un goéland avance et se dandine sur le sable, cherche quelques miettes de pain, ou de chips égarées sur la plage. A ma droite, quelques vacanciers. Un peu plus loin, près des dunes, assez loin du niveau de la marée haute, le cadavre d’un dauphin échoué. Personne n’y prête attention plus de quelques secondes. Chacun est rattrapé par le désir de courir, de jouer, de ne rien faire. L’autre dérange facilement la quiétude de l’homme, tout occupé à lui-même. Tout le corps du dauphin mort est recouvert d’une pellicule gris-brun de sable humide, cachant, ou ralentissant, peut-être, le phénomène de dégradation de la chair. Combien de temps cela prendra-t-il ? Que fait-il là, comment est-il arrivé là ? C’est une énigme. Le dauphin a fait un dernier voyage, avançant jusqu’au pied des dunes, comme s’il voulait s’éloigner de la mer, déçu, lassé par elle, à moins qu’elle ne lui soit devenue hostile, véritablement, ou trompeusement, à cause d’un dérèglement de ses perceptions. Quelque chose s’est décousu, s’est asséché. Momifié par l’impassible sable.

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première quinzaine d’avril 2017 : bribes

il savoure les heures du printemps et aura la vie sauve

l’avenir poursuit l’essai, pour éviter la litanie de l’épuisement

s’assoupir, le regard somnolent, dans la nonchalance redoutable qui le ronge

une énigme, je l’accepte comme elle est, une coloration allusive. mais il arrive que dans la pensée, le sensible, cela chemine, approche, éclate, agit

dans les prisons, chaos absurde, circulent résignés les crânes. torture ivre, furieuse. cauchemar en suspension. miroir du monde sourd et muet

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deuxième quinzaine de mars 2017 : bribes

le chant de l’air est ma boussole

le voilier file avec toutes les étoiles

des pas d’enfant dans un printemps de diamant

légèreté dans l’énergie fervente

l’enfant sur son vélo joue à la liberté d’agir

je m’éloigne pour le lointain

brasier inattendu où soufflent les vents de la vie

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