Ah j’ai couru

La porte est ouverte, elle entre subitement dans le café, ah j’ai couru, elle est essoufflée, ah j’ai couru. Elle prononce sa phrase d’une traite, en articulant à peine. Elle pose sur une table un blouson et s’approche du comptoir. Elle demande un café puis explique qu’on lui a chouré son argent dans une bagarre rue Saint-Denis. On est dans le quartier. Ah j’ai couru. Quand elle est entrée, la serveuse a eu un regard froid, son visage s’est figé. Elle est mal à l’aise. Elle aimerait que cette femme ne soit pas là. Elle dit à la femme qu’elle n’a pas assez d’argent. Elle lui dit qu’elle ne peut pas rester dans le café, mais trop tard. Un homme assis montre sa carte bleue à la serveuse en disant qu’il lui paye son café, puis une femme plus près du comptoir donne déjà la monnaie. La serveuse se tait, prend l’argent, il y a ce qu’il faut, et sert le café. La femme prend le café, demande un verre d’eau, s’installe à une autre table que celle où elle avait posé son blouson en vrac, et se met à parler toute seule, tout en se coiffant les cheveux gris, frisés, mouillés et sales, avec ses doigts. Ah j’ai couru. Son pantalon de survêtement est gris, trop grand. Il tombe un peu. Elle le remet. C’est dur la méditation c’est dur la méditation. La serveuse avance vers elle et lui demande de prendre son blouson sur la table en face. Elle ne répond pas. Elle sent l’urine. Je vais voir mon fils. Ses chaussettes sont grisés, mouillées. Elle a bu son café entre les phrases qui défilent à toute vitesse. Y’a que des camés ici. Elle prend son blouson, s’habille, sort. Devant le café elle s’arrête, se penche en avant et verse sur ses cheveux le verre d’eau et les frotte puis les coiffe avec ses mains. Elle s’en va.

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