Austerlitz de Sebald

J’ai relu cet été ce texte, assorti de photos ou de documents, envoûtant, à la composition savante, où l’on marche beaucoup, dans plusieurs pays d’Europe, où l’on visite des gares, des forteresses, des bibliothèques, maisons, immeubles, musées, bazars, où le temps a une densité inhabituelle, où les cacatoès ressemblent aux humains mais où surtout le narrateur nous accompagne dans le parcours chaotique d’Austerlitz, un homme à la mémoire détruite (la destruction revient toujours hanter les livres de Sebald), qui ne quitte pas son sac à dos, on comprendra peu à peu pourquoi, confronté aux forteresses de l’Histoire et de l’enfance, que l’on écoute dans sa tentative de dévoilement du passé.

Je relis encore à l’instant et recopie quelques passages, une sélection d’entrées possibles dans la gare d’Austerlitz (Actes sud) et qui peuvent peut-être susciter l’envie d’en lire plus : « Des animaux hébergés dans le Nocturama, il me reste sinon en mémoire les yeux étonnamment grands de certains, et leur regard fixe et pénétrant, propre aussi à ces peintres ou philosophes qui tentent par la pure vision et la pure pensée de percer l’obscurité qui nous entoure. »

« J’ai d’emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d’éléments en quelques sorte épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l’histoire et redonnait vie à la matière du souvenir ».

« … dans ce bâtiment de plus de sept cent mille mètres cubes il existait des corridors et des escaliers qui ne menaient nulle part, des pièces et des halls sans porte où jamais personne n’avait pénétré et dont le vide conservait emmuré le secret ultime de tout pouvoir sanctionné ».

« c’était à ces genres de phénomènes factices , à ces irruptions de l’irréel dans le réel, à certains effets de lumière dans le paysage étalé devant nous, au miroitement dans l’oeil d’une persone aimée, que s’embrasaient nos sentimenst les plus profonds, ou du moins ce que nous tenions pour tels ».

« Il n’y a que des espaces imbriqués les uns dans les autres ».

« Et je me suis demandé sur quelles fondations il s’érige, notre monde ».

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