cendres

Me voilà : des cendres de cigarette qui plongent dans l’eau, l’eau stagnante d’un canal, à peine remuée par le vent, à peine perceptible. Il y a d’abord le contact avec la surface de l’eau. Un court et léger grésillement : « crwi ». L’immersion de la chaleur dans un bain froid brutal. Contact sonore imperceptible, mais si l’on y fait attention, il s’apparenterait plutôt à un tremblement discret, certes, mais massif, à presque un impact bouleversant. Une sorte de signal que quelque chose laisse place à l’irrémédiable. Ce n’est pas négligeable. Cet irrémédiable, c’est la chute de la cendre dans l’eau. La plongée dans les profondeurs obscures et désintégrantes de l’oubli. Le plus gros des cendres détachées de la cigarette qui se consume dans l’air s’enfonce lentement dans l’eau, mais un peu comme si, tout en s’enfonçant, les cendres continuaient à donner l’impression qu’elles flottaient. Oui, une chute vers les profondeurs qui se déroulerait parallèlement à une subsistance inattendue. Puis, quand le regard se résout à accepter que l’ondulation des cendres à proximité de la surface était sans doute une illusion, il s’aperçoit alors que les plus légères des cendres s’émancipent de celles qui sombrent et remontent doucement, lentement, à la surface, s’en approchent sans l’atteindre, comme si le contact de l’eau avait revitalisé celles-ci, leur avait octroyé un nouvel élan. Je ne peux pas non plus exclure qu’une bulle d’air ou deux les accompagnent dans leur réapparition. Des cendres de cigarette qui sombrent dans l’eau, puis qui reviennent.

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