chaloir

C’est un verbe, impersonnel, comme neiger, pleuvoir. Il a presque complètement disparu de notre langue, excepté dans l’expression « peu me chaut », qui signifie « peu m’importe, je m’en moque ». Le langage est pour les mots comme des sables mouvants, instable. On ne sait pas souvent très bien où naît un mot, pourquoi il évolue, où il meurt. Il y en a des vieux, des jeunes, des à la mode, des abandonnés. Tous ces sons et ces sens circulent sans boussole. Peu me chaut : j’aime bien placer cette expression de temps en temps dans les discussions, elle surprend. Elle amuse, en particulier les enfants et les adolescents. C’est une façon d’exprimer sa nonchalance, sa non-chalance : je ne m’en fais pas. Être nonchalant, c’est mettre de la distance avec les choses pour les observer sans passion, en déceler les indices discrets qui les rendent touchants et donnent envie de sourire à la vie. Chaloir, au contraire, c’est accorder du sérieux aux choses, s’attacher avec engagement à des personnes, des idées, des objets, essentiels ou superficiels. Ses enfants, la justice, une vieille casquette. Sa compagne, l’égalité, un bouquet de fleurs séchées. C’est étrange que ce verbe ait disparu, car c’est le propre de l’homme de chaloir. Chaloir avec nonchalance, si possible.

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Une réponse à chaloir

  1. P. dit :

    Mais quelle est la rection de chaloir ? On entend peu : « Il me chaut de J.-P. C ».

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