chronique du virus (9)

Les tremblements, ça n’était pas grand-chose. Maintenant, c’est la peau qui déserte les corps. Chacun pense : soit c’est le froid, soit c’est les tremblements, le coupable. Plus de peau. Pas de bol. À sa place, une pellicule de givre si fine que personne ne s’aperçoit qu’elle se substitue à la peau, qui déjà depuis longtemps avait pris statut de carapace. Après la prise de conscience, le froid et les tremblements redoublent d’intensité. Quelqu’un trouve cela spirituel de nommer cet état le syndrome du marteau-piqueur. Le sang circule-t-il encore ? Frotter ses mains givrées sur son corps recouvert de givre attise la sensation de froid. Et blesse la chair irrémédiablement. C’est sans issue. Les caresses deviennent inconcevables. En cette époque où les saisons courent toujours plus vite vers la chaleur, la panique envahit les ondes, les esprits. Comment ne pas fondre ? C’est ainsi que chacun a l’appétit coupé. C’est ainsi que les rayons du soleil sont des ennemis, et tous les jours les rideaux sont tirés et les volets fermés. C’est ainsi que les congélateurs deviennent le produit de première nécessité, et disparaissent des magasins à une vitesse vertigineuse. Seul le glaçon réconforte, mais pour combien de temps ? C’est ainsi que, pour finir, à force de parler pour ne rien dire qui réchauffe, les paroles du chef sont gelées. Quel type de souffrance faudra-t-il affronter encore ?

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