chroniques du virus (10)

Personne ne songe plus à sortir. Cloitré dans son congélateur, on se contente de ressasser. C’est la fin des horizons lointains, des horizons pour demain. Les avions sur le tarmac, les trains dans les gares et les bateaux dans les ports rouillent. Les pneus sont dégonflés et les chevaux sont flasques. L’élan est un vieux souvenir. Solitaires, les parcs, les vagues, les parois rocheuses cachent mal leur désarroi. Plus aucun cœur ne peut battre en destination d’un ailleurs. Plus aucun amour ne sait briller. Survivre seul dans sa peau de givre soumet les sensations, éteint les émotions. Terme aux baisers. Chute vertigineuse de la colère. Les fêtes fermentent dans le formol du passé. La soif est tenaillée. Les matons sont fatigués de surveiller, les prisonniers oublient de s’évader. S’il y a encore un dehors, les oiseaux y volent péniblement d’un toit à une branche. On n’aperçoit plus les papillons. Tout l’espace, extérieur, intérieur, est encombré par le virus qui depuis des semaines, construit tranquillement ses murs (certains présidents sont admiratifs, voudraient retenir la leçon). Mais l’air de rien, les rêves, discrets, dans la nuit, les rêves, persisteraient, avec leur à-venir fluet, anarchique, surgissant à l’improviste, dernière décharge incontrôlable, parfois même rageuse.

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