chroniques du virus (4)

En plus des anodins mouvements quotidiens de chacun, le virus paralyserait le goût et l’odorat. Le salaud. Mais pas les rêves. Il ne sait pas comment faire. Il apprendra peut-être. En attendant, les nuits sont toujours propices aux rêves, toujours imaginatifs (comme la réalité, son double). Rêves où les femmes qui n’ont plus l’âge de l’être sont enceintes et vous disent de leur téléphoner avant jeudi, où une chaise sur une autoroute devient géante en un instant, où une belle jeune femme s’approche de vous et vous sourit en insistant pour vous embrasser, rêves qui font que nous sommes moins seuls, dans nos prisons domestiques, sous la surveillance sèche du temps que le monde extérieur réglemente désormais sous le nom de confinement, sous la surveillance qui menace, quand on met le pied dehors, de nous surprendre en train d’acheter une baguette (bien cuite s’il vous plaît). Serait-il possible que les habitudes prises sèment leurs empreintes, veuillent prolonger leur installation ? Une aubaine pour qui aime gouverner ? Le vélo est donc interdit. Qu’a-t-il à se reprocher ? Peut-être sa miraculeuse faculté de s’accorder librement avec le rythme de notre corps. De le seconder dans la possibilité d’aller voir, grâce à ce système de pédalier assez génial, un peu plus loin, ce qu’il y a, le rejoindre. Peut-être est-il moins facile à saisir ? La curiosité des rêves, comme de qui fait du vélo, n’a pas de cesse. Ils aiment le déplacement. Un soir, avant le coucher du soleil, je cours (tout seul). – Rentre chez toi ! me crie dans le dos (elle n’a pas eu le temps de me le dire en face, je cours vite) une femme de son jardin. De quoi sont faits ses rêves ?

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