chroniques du virus (5)

Le virus attaqua aussi les corps en installant le froid dans les pieds et les jambes, la nuit, une fois, deux fois, l’air de rien. Les couvertures supplémentaires, les couettes, les chaussettes d’hiver, les chauffages d’appoint n’y changeaient rien. Puis ce fut le jour. Froid sans trêve, même au soleil. Le froid était devenu l’état normal et durable des jambes. Nulle baisse de température des corps pourtant. Le corps médical se sentait démuni. Le chef de guerre, dans l’habituel brouillard dont les chefs sont entourés, n’abordait même pas le sujet. Ceux qui, pensant que l’activité physique serait un remède, couraient, couraient jusqu’aux dernières secondes de l’heure autorisée, voyaient leurs efforts d’accélération réduits à néant. Les dérogations expérimentales furent autorisées, pour voir si ça aiderait, la durée. Ça n’avait pas aidé. Après, ce furent les mains et les bras. Les baumes, les frictions n’y pouvaient rien non plus. Ce n’était pas de la paralysie, les muscles répondaient, mais plus rien ne permettait de ressentir la sensation de chaleur. Était-ce lié à la distance qui devait être respectée entre les individus ? Que pouvaient-ils créer sans un espace sensible où se rejoindre ? Les mains, quand elles ne portaient pas de gants, n’entraient plus en contact qu’avec le plastique, le carton, le papier, avant qu’elles soient désinfectées. Mais est-ce que cela allait perdurer encore ? Est-ce que cela allait s’étendre au reste du corps ?

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