dans le nu de la vie, hatzfeld

Rwanda 94. Je me souviens de la longue, passionnante, éprouvante, mais éclairante représentation par Groupov, au début des années 2000, sur le génocide subi par les Tutsis. Il m’a fallu du temps avant de revenir au sujet. Il m’a fallu du temps avant de terminer la lecture de Dans le nu de la vie (collection Points-Seuil), où Jean Hatzfeld écoute celles et ceux qui ont échappé à la mort, mais qui n’ont pas pu échapper à une mémoire habituée aux morts, aux morts qui les poursuivent inlassablement, qui leur font face. Ils livrent leurs souvenirs et leurs réflexions avec une franchise et une simplicité, presque une tranquillité, impressionnantes.

Le livre débute par le récit d’un enfant de douze ans, Cassius. Celui d’une assistante sociale, ayant échappé à la mort, consacre son temps à écouter, à rechercher les enfants orphelins dans la brousse, dans les marais, sert de conclusion. Hatzfeld ajoute aux autres paroles de rescapés des textes sur la région de Nyamata, où il s’est rendu plusieurs fois, dans lesquels il décrit les lieux et témoigne de la vie de tous les jours ; Depardon a photographié les auteurs des récits.

Récemment, une élève a rédigé un texte sobre, touchant, dans lequel elle relate son premier voyage au Rwanda, d’où est originaire une partie de sa famille. Ca a été l’impulsion qui manquait pour que je termine la lecture du livre. Ce génocide est très loin de nous. Ca ne l’empêche pas de venir tout près, nous hanter un peu.

« Notre mémoire se modifie avec le temps. »

« Et je ne comprends toujours rien de rien. »

« J’ai oublié la fantaisie d’amour. »

« Il se blottit en notre for intérieur une petite nature de survie qui n’écoute plus personne. »

« … si on s’attarde trop sur la peur du génocide, on perd l’espoir. On perd ce qu’on a réussi à sauver de la vie. On risque d’être contaminé par une autre folie. Quand je pense au génocide, dans un moment calme, je réfléchis pour savoir où le ranger dans l’existence, mais je ne trouve nulle place. Je veux dire simplement que ce n’est plus de l’humain. »

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