«dehors»

«Dehors», assène le serveur d’un café parisien qui lance son bras comme une redondance vers un sdf. Il transporte son lit léger en carton humide, il a plu. Il est vieux, ses cheveux sont gris. Il retourne dehors. Sur le quai du métro, ils sont trois dans leur sac de couchage à dormir sur les rares bancs où ils peuvent encore s’étendre, en pleine journée, les jambes couchées cassées par des barres de métal, ou à même le sol, et les jambes debout passent à côté d’eux sans cesse. Quelqu’un s’approche de moi sur le trottoir d’un boulevard : «Je sors de prison, j’ai déconné avant, avec une bande de mecs, je rame pour manger, j’ai pas envie que ça recommence, je voudrais bien trouver un job, et toi, tu fais quoi, prof, au collège, j’ai écrit, t’as des enfants, ils ont quel âge, salut ! ». Les gens pédalent sur leur vélo, les sirènes des flics et des ambulances disent leur désir de faire vite, les bus foncent, le sdf plonge son bras, creuse, jusqu’au fond de la poubelle, en quête immobile, le carton posé par terre à côté de la poubelle. C’est devant un bureau de change. Le «black friday» est passé. Le froid est généreux cette semaine.

Dehors aussi, jeudi, avancer en pensant à ceux pour qui c’est devenu si difficile, et chanter pour se réchauffer, rappeler la splendeur de la solidarité sans maquillage. « Des rues – hurler : refuse. […] A ton monde insensé/Je ne dis que : refus. » (Marina Tsvetaieva, « Mars »)

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