dernier matin

Dans un café de la rue Bùi Vien, dehors, spectateur, seul (je le voulais), il ne me reste plus que quelques instants pour capter encore un peu du Viêt-Nam, un peu de Viêt-Nam, pour laisser infuser en moi les dernières images qui défilent devant mes yeux ou celles qui remontent à la surface. J’ai pu entendre une dernière fois les chevauchements des klaxons, les soupirs d’une mélodie venant d’un peu plus loin, qui aurait pu me tirer des larmes, j’ai pu observer l’impassibilité du visage et du corps d’une Vietnamienne, venue vendre des fruits et des œufs à la responsable du café qui m’avait servi le thé, le pain et la confiture, j’ai pu remarquer que leur échange s’est fait dans le silence, sans un mot, j’ai vu passer juste devant moi une femme en tunique bleue et pantalon, majestueuse, qui m’a fait songer au poème de Baudelaire, « À une passante », je sentais confusément les nombreuses odeurs de la rue, obsédantes, comme des prolongements fraternels aux nombreux bruits de la rue, au bout de laquelle j’apercevais la silhouette de l’hôtelière qui nous avait accueillis au début du séjour, qui nous dit au revoir ce matin de fin juillet, j’aimais son sourire, point de départ et point d’arrivée du voyage.

Plus de temps pour rôder, ni d’espace pour flâner, impossible désormais de revoir de la fenêtre du neuvième étage les couleurs de la ville, les toits et les murs vert pâle, vert clair, vert foncé, rose, rouge, tuile, tôle, bleu clair, bleu ciel, bleu foncé, ocre, blanc, beige, orange, gris, impossible de remonter les rues à pied deux fois, trois, quatre fois, elles reprennent leur autonomie, elles ne m’appartiennent plus, je les laisse dans mon amertume à ceux qui défilent devant mes yeux, à ceux qui ne semblent pas encore réveillés.

Je songe à l’écoulement des heures et des minutes, qui s’impose à moi avec une persistance diabolique. Il entre à sa guise. Je le laisse faire. C’est une manière de conversation.

Ce contenu a été publié dans vietnam 2004. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *