essai d’assèchement de l’île de Houat 3/

19 juillet, Le Loric

11h15. Un bateau de pêche, peinture bleu clair et bleu foncé, filet de pêche à bâbord, rentre au port. Je compte soixante-quatre bateaux arrimés au port St-Gildas. Et une douzaine de bateaux un peu plus loin. Mais parmi eux, peu de bateaux de pêche. Activité qui semble mourir à petit feu à Houat. Ciel nuageux. Mer gris-bleu. En face de moi, le rocher du diamant. A droite, la pointe du Tal, avancée de sable pointue. Devant moi, une clôture de piquets en bois, gris, attachés les uns aux autres avec du fil de fer, rouillé par endroits. Une femme habillée en noir, foulard rouge à pois blancs autour du cou, petit sac à dos, lunettes rouges, chaussures de marche, sort son portable et photographie le large, puis elle regarde sa photo, et s’assoit sur le long banc de pierre, sans dossier, situé à gauche de celui où j’écris. Elle essuie ses lunettes, les remet sur le nez. Le bateau de pêche bleu continue de faire des petits tours. Rumeurs de voix d’enfants qui se rapprochent. – D’accord, mais t’as combien de vélos ? – Trois. Deux chez moi, un petit, un petit et un grand. Deux femmes arrivent avec un chien. Un homme photographie le bateau de pêche avec un appareil-photo. Il porte des nu-pieds, un pantalon beige foncé, une veste beige clair, ses cheveux sont gris. Une des deux femmes sur le banc me sourit, puis se lève et s’éloigne. Un petit voilier noir, voiles rouges, approche du port. J’entends le bruit de déclenchement de l’appareil-photo de l’homme toujours à ma droite. – On essaie de prendre le chemin qui longe par là ? – Ouaih. Le Kerdonis, l’un des bateaux qui fait la liaison Quiberon-Houat-Hoëdic, approche du port St-Gildas. Une femme à ma gauche fait tomber à ses pieds son portable, petit, ancien modèle. Une femme plus jeune, rousse, sans doute sa fille, fait mine de shooter dedans. – Le ramasse pas surtout. Le bateau noir a baissé ses voiles. Le Kerdonis est à quai maintenant. Très léger souffle de vent. Au large, je ne vois que trois voiliers naviguer. Mer calme. Le bateau de pêche a jeté l’ancre. Un zodiaque est derrière lui, attaché à une corde. Le pêcheur porte une combinaison jaune à bretelles. Des petits oiseaux au pelage noir et blanc volent devant moi. Un jeune passe sur son vtt jaune, s’arrête, jette un œil vers le port, et repart. Passage d’un gamin en short gris et T-Shirt bleu. Le vent se lève. Rumeurs de cris de goélands. Un voilier jaune, voiles baissées, approche du port. – Mais il est déjà là la bateau ! – Viens Némo, Némo, dit la compagne du cinéaste qui passe ses vacances ici, depuis deux ans je crois, dans la maison qui surplombe le port (ils logeaient avant dans une maison sur la place de la mairie). Elle porte un short, elle est bronzée. La maison est grande, avec de petites fenêtres peintes en bleu clair, une terrasse où se trouve une table blanche et des chaises blanches, et un jardin. Un couple avec un enfant d’une douzaine d’années environ s’installent à côté de moi. L’enfant : – On va manger, j’ai faim. – A midi. – Mais c’est chiant là ! L’enfant s’assoit et sa mère lui passe un portable. Un hélicoptère passe. La femme du cinéaste ressort. – Viens Némo, viens Némo. Elle porte un T-Shirt vert et une veste grise. – Tiens papa. Le garçon redonne le portable à son père et croise les bras. Le Kerdonis, bateau qui fait la liaison Houat-continent, a fait sa manœuvre en marche arrière pour quitter le port et fait demi-tour. Le violier jaune revient vers le port. Direction Hoëdic. Silence du couple et de l’enfant depuis quelques minutes. – T’as pas froid Jules ? – Non, j’ai faim. – T’as faim ? – 41, il est temps d’y aller il sera largement midi. – C’est juste à côté. – Pourquoi pas ? – Cinq aussi ? – Némo, Némo. – Viens là Némo. N’embête pas mon chien. Filou, viens là, Filou, viens ici, viens ici, allez ! – Ca va ? (le cinéaste s’adresse au curé de l’île) – Ca va et toi ? – C’est pas douloureux du tout. – Alors qu’est-ce qu’il t’a dit ? – Rien, c’est à la chaîne : « Au suivant ! ». (Une femme à son conjoint) – Trouve-toi un job de chef de port. – Hein ? – Trouve-toi un job de chef de port ! L’homme et la femme de l’enfant qui a faim pianotent sur leur portable. L’enfant tousse et frotte le sol terreux avec son pied gauche. – Ffff… Moins quinze, on peut y aller. Le fils et le père se lèvent. Le père donne son portable à son fils. La mère se lève. Ils partent en direction du village. Chant d’oiseaux. Vol d’oiseaux. – Le rocher du diamant là-bas. – Quoi ? – Le rocher du diamant. C’est une jeune campeuse, sans doute, qui dit cela à un autre qui la suit en fixant le rocher que l’on voit du Loric. Elle porte un long sac à dos et des chaussures de marche. Un voilier blanc et vert, petit drapeau français à la poupe, quitte le port. Le bateau jaune est accosté près du phare blanc. Deux adultes et un enfant sont au pied du phare. L’air est plus chaud d’un seul coup. Rumeurs de tronçonneuse. Chant d’oiseaux. Vol d’un goéland vers le port qui rejoint un groupe d’une quinzaine de goélands au moins. Vol au-dessus du port. Leurs ailes battent l’air rapidement. Je vois quatre personnes sur la pointe du Tal. – Bon, on continue ? dit une fille à ses parents. Ils se lèvent et prennent la direction du village. Le bateau blanc et vert s’est arrêté à une bouée. Les bateaux tanguent, dansent au rythme lent de la légère houle. – Viens, on va passer par là. Oh c’est beau ! La mer est calme. C’est beau cette couleur, dit la compagne du cinéaste à une amie. Némo est sur la terrasse. Un chat noir et blanc marche tranquillement sur la pelouse, avance, s’arrête, semble écouter. J’appuie sur la cartouche de mon stylo pour faire venir l’encre. Une goutte noire tombe sur le sol. Chant d’oiseaux. 12h.

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