essai d’assèchement de l’île d’Houat 1/

(et Perec perce de ces espèces de textes)

Quatorze juillet 2017, de la rue du fournil (mais aucune pancarte)

14h45. C’est calme. Personne dans la rue. J’entends des oiseaux chanter, au loin, puis plus près. Une femme brune habillée en robe orange sort de la maison située en face, légèrement à droite, de la nôtre. Le bruit d’un hélicoptère recouvre le chant des oiseaux et la voix de la femme qui s’adresse à une autre femme, restée dans l’appartement. De la porte d’entrée de celui-ci, ouverte, je vois le lave-vaisselle, porte baissée, que la femme en robe orange remplit de grandes assiettes jaunes avec l’autre femme, en discutant : « Une centaine d’euros la nuit par bungalow. » Le vent souffle un peu. Le linge que j’ai étendu, avant de m’installer sur la table bleu turquoise, sèche. Le ciel et bleu et nuageux. Les roses trémières, aux pétales blancs, rose clair, rose foncé, sont belles. Le garage qui sert de dépôt au bar « Le Siata » (nom de Houat dans l’Antiquité) est ouvert, le volet blanc entièrement relevé. Dedans, une vieille roue de vélo est posée par terre. Accrochées au mur, à la verticale, deux échelles, l’une en bois, l’autre en métal gris. Un carton est ouvert un peu plus loin, dont je ne vois pas le contenu. Sous film plastique, de très grands et très lourds, sans doute, sacs de farine, je suppose, pour la boulangerie : deux sont jaunes, « qualité artisanale », deux sont marron, « tradition française ». La femme en robe orange souffle, sans doute par impatience, ou d’agacement. « Ils ne sont pas bien, le temps qu’ils mettent ». Elle sort et regarde au bout de la rue, puis rentre. Des adolescents passent devant moi, en silence. Ils sont trois. Deux vieux pneus de voiture rouillées sont posées sur le mur extérieur blanc, qui me fait face. A ma gauche, la maison des B., pour l’instant vide, mais T., leur fille, devrait arriver après être passée aux Vieilles Charrues. Devant la maison, une petite table de bois, aux pieds bleu clair, avec une chaise dans les mêmes tons, et en face d’elle, un petit siège de pierre collé au mur. Derrière le volet du garage pend la manivelle qui sert à l’ouvrir et le fermer. C’est J.,le boulanger, qui s’en charge chaque jour, toujours vêtu de sa chemise blanche et de son vieux tablier bleu, usé. Un portable sonne. « Oui, oui. Ah bon ! » Les cloches sonnent. S., un Houatais, vient vers moi : « Ah ! Salut ! – Salut. Tu as vu, je travaille. » Il pousse un diable vide et s’éloigne vers ma gauche. Il aime beaucoup aider les autres. « Faut que je descende au port » dit la dame à la robe orange. Trois adultes passent, en silence. Vacanciers. On entend seulement le bruit que font leurs pas sur le gravier gris du sol. « Attends, je vais dire à Anne que quelqu’un descende. Il faut qu’on descende. Attends, je reviens, hein. » Elle s’en va. J’entends au loin le moteur d’un manitou, ou d’un tracteur. Le vent fait légèrement tourner le parasol. « C’est bon », dit la femme. Elle est de retour, elle porte un chèche blanc autour du cou, un sac plastique et un autre sac à main rouge, petit, s’éloigne avec l’autre femme, qui porte une chemise en jean bleu et un short blanc. En passant, elles embrassent B., réputé, sur l’île au moins, pour être l’un des avocats des Balkany, chapeau blanc, polo blanc et pull bleu sur les épaules, qui ensuite s’éloigne en sens inverse et tourne à droite pour disparaître au bout de la rue. Je reçois un sms de L., partie sur la plage avec M., je lui réponds, puis elle me répond. Trois galets, un gris, deux beiges, sont posés sur le muret de la maison des voisins à droite. Sur la table où j’écris, un cendrier blanc est posé, sur lequel est peint un liseré bleu et des poissons bleu clair. Du garage sort l’une des filles du patron du café. Elle est en vélo, elle porte un pantalon noir, un débardeur noir, et tient une mallette noire de la main gauche. A ma gauche, j’entends puis je vois un homme, assez âgé, polo rayé, casquette, short, arroser des fleurs rouges à l’aide d’un arrosoir en plastique vert. Un peu de vent. Le fournil un peu plus loin, à droite, en face, après deux maisons : mur blanc, fenêtres et portes peintes en rose. Toit en ardoise. Les volets et les fenêtres du premier étage sont peints en blanc. Je n’ai pas entendu de bruit de ventilation depuis que j’ai commencé à écrire. Il faisait un bruit assez insupportable, dont le terme était à chaque fois un soulagement. Je n’entends pas non plus de voitures, pas de moto. Il n’y a aucun rond-point, aucun feu rouge. Je n’entends jamais plus qu’un moteur à la suite. A., le voisin de droite, sort, s’installe sur une chaise devant l’entrée et allume une cigarette. Chemise à carreaux, manches longues, vêtement traditionnel pour lui. Je sens l’odeur de sa clope. « Bonjour A. Je pensais que tu dormais, » lui dit une femme brune, mince, bronzée, chapeau blanc qui protège le visage, les oreilles, le cou, du soleil, gilet blanc, short en jean, qui entre puis sort. Elle s’en va par la gauche. Au-dessus de ma tête, une tuile d’ardoise de la fenêtre des enfants cogne doucement avec le vent. Petit bruit répétitif qui scande le temps qui passe. A. est rentré chez lui après avoir pianoté sur son portable. Il y a quelques années, il a écrit et auto-publié un polar parodique très marrant, à l’occasion de l’anniversaire d’un ami. Un chat noir, yeux vert-jaune, passe devant moi, marche, s’arrête, repart. Il marche à l’ombre, longe les murs. 15H20.

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