fourbi du 9 avril 2018

Sentiment mêlé, le matin tôt, de fatigue qui pousserait à hiberner, à s’isoler, et de désir d’aller vers le monde extérieur, de le marquer un peu de son empreinte, d’en percevoir les attraits. Ping-pong.

L’homme assis à la table du café a des cheveux blancs, un pantalon gris, une chemise blanche à carreaux gris, une oreillette, de vieilles lunettes, il lit Le Monde, journal gris, un stylo bic bleu à la main droite, souligne quelques lignes d’un article, tourne la page. « Carnage chimique dans la Ghouta orientale » titre ce quotidien en pages intérieures. Les intrusions des horreurs humaines ne manquent pas, n’ont jamais manqué. Puis l’homme abandonne son quotidien pour un vieux livre aux feuilles jaunies, et son stylo bille pour un crayon à papier et se remet à souligner.

Le ciel est dans son uniforme parfaitement gris.

Les quais du RER Châtelet-Les Halles sont bien gris, aussi.

Je lis Oreiller d’herbes de Sôseki, qui parle de couleurs.

La fenêtre ouverte invite l’air frais mais aussi hélas les klaxons.

Je baille dans le RER. Les gens sont assis.

« Champagne » d’Higelin, quand j’étais gamin, était une chanson qui m’attirait et dont la mélodie me mettait aussi un peu mal à l’aise.

Les feuilles de thé sont sèches dans leur sachet, où je passe la main pour les déposer dans la boule à thé. Puis je verse l’eau de la bouilloire, et la délicate fumée s’élève en silence du mug bleu. Je souffle sur la cuillère de thé et la bois. Le parfum est léger, et c’est ce qui le rend séduisant.

Je me rappelle ce qu’un journaliste avait dit à l’occasion d’un accident d’avion : « Le bilan est de cinq morts, dont trois grièvement ».

Je relis quelques Paroles de Prévert avec plaisir.

La pluie conduit les passants à se protéger d’elle avec des parapluies. On cherche si souvent à se protéger.

Sur le quai, un homme assis, âgé, pieds nus, rouges, gonflés, dans des sortes de babouches, la tête baissée, somnolent, une petite bouteille en plastique dans la main droite, dans laquelle il y a un fond de liquide jaune, et posées à côté de lui, une paire de baskets.

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