garde-à-vous !

Sujet d’EMC du brevet des collèges 2017 (Enseignement moral et civique, tenez-vous bien, garde-à-vous !) :

« Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne. Vous êtes chargé(e) de réaliser une note pour présenter une mission des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger.
Montrez en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne. »

C’est à cela qu’on « soumet » des candidates et des candidats, c’est ainsi qu’on demande à des élèves de fin de troisième de « montrer » qu’ils sont de bons, de gentils, petits républicains, et des européens sages, sûrs des valeurs de leur nation ou du continent où ils vivent, conscients de la chance de pouvoir faire confiance à l’armée française, pour les protéger (car à l’armée, on aide, on est gentil, mais on ne tue pas, n’est-ce pas). Surtout, ne pas contextualiser, et encore moins problématiser cette histoire de « mission », mais « montrer ». Patte blanche. Aucune tension, nulle nuance, ne sont en jeu. Dans le sujet d’histoire, il était question de la décolonisation. Comment l’armée a-t-elle agi à cette occasion ? A-t-elle fait preuve de morale et de civisme ?

Une amie m’envoie il y a quelques jours cette réponse rédigée par un(e) candidat(e), qui a circulé sur les réseaux sociaux :

« Je ne sais pas, personnellement, si l’armée française est au service de la France. En principe : oui. En action, par le passé, elle ne l’a pas été. Et actuellement, me direz-vous ? Je n’en sais rien. Il n’y a pas de rapports pour les civils. Les informations nous arrivent par l’Etat, et jamais l’Etat ne va critiquer sa propre armée. « Vous criez à la théorie du complot. » Non, je ne dis pas que l’Etat nous ment, ou que l’armée transgresse nos valeurs, j’ai beaucoup de respect pour les soldats engagés, mais je ne peux plaider une cause sans avoir des sources, des sources sûres. Cet exercice, sauf votre respect, fait penser à une propagande ridicule. »

C’est une réponse morale et civique à une question que sa formulation empêchait de l’être, elle. Elisée Reclus : « Il ne peut y avoir de moralité dans l’obéissance à des lois incomprises, dans l’obéissance de pratique dont on ne cherche même pas à se rendre compte. Il n’y a de morale que dans la liberté. » Mais l’anarchisme, contrairement à la défense nationale, ne fait pas, je suppose, partie de l’enseignement moral et civique.

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