hcmc

Avant la soirée au restaurant, on traîne un peu dans des rues inconnues, un peu au hasard, mais aussi à la recherche pour un rapide passage inévitable, après une rapide restauration en attendant l’ouverture, à la banque de change repérée un peu plus tôt ; après une attente assez longue aux guichets, je deviens millionnaire en dongs. Je me rappelle de cette machine à trier les billets, qui va à toute allure, qui m’amuse, qui me plaît. Devant son épaisseur soudaine, davantage habitué aux tickets de métro, mon portefeuille subitement épais, qui arrive à grand peine à fermer son bouton, s’improvise porte-parole et se demande si c’est bien raisonnable.

Face à moi, de la fenêtre de la chambre d’hôtel, quartier de Pham Ngu Lao, les toits et les façades dominent largement les quelques arbres coincés entre les habitations. Le bleu, le violet, le vert, le blanc dominent et s’enchevêtrent dans un désordre qui me plaît, qui me réjouit même. Peu de fenêtres, quelques terrasses. Je ne vois personne. Il est temps d’aller goûter à la chaleur lourde qui surgit dès que la climatisation ne passe pas avec nous la porte, et faire un tour dans la plus grande ville du Viêt Nam, ce qui n’est pas prêt de s’arrêter : je remarque des constructions en cours. J’apprends aussi que des clandestins vivent ici et que la ville attire les paysans. Attraction de la croissance, pauvreté annoncée.

Evidemment, le désordre des rues, la densité des piétons et des deux roues dans les petites artères, aux carrefours, le niveau sonore très élevé à certains endroits, on les remarque. Mais à certains endroits, à certaines heures, tout ça s’évanouit, retombe.

De Pham Ngu Lao, on peut assez facilement visiter, c’est ce qu’on fait, des pagodes, en très grand nombre, dont Giac Lam, Thien Hau ou celle de l’empereur de Jade. Je remarque une croix gammée de Bouddha à l’entrée de l’une d’elles, et surtout la quantité de tiges d’encens, rouges et jaunes par centaines, plantées dans des grands vases, des pots, en spirales suspendues aux plafonds, partout ou presque. Détour par la cathédrale Notre-Dame où une quinzaine de personnes participent à une messe, par le Palais de la Réunification et le musée des souvenirs de guerre. On y circule dans d’étroits couloirs souterrains, froids, glaçants. La simple vue de deux téléphones posés sur un bureau et on imagine à quelle dénonciation ils ont peut-être servi. La poste : des horloges donnant l’heure des capitales autour du monde, une grande et vieille carte du pays. Plongée touristique, comme un passage obligé, avec un guide. C’est un parcours fléché, avec arrêts obligatoires dans des magasins, vitrine du pouvoir, témoignage du savoir-faire vietnamien, occasions de nous pousser à dépenser nos dongs, ce que l’on ne fait pas. Quelque part dans un recoin de rue une maison de tôle coincée entre deux autres, un peu sale, volets fermés, avec un petit balcon l’entourant à l’étage, et trois tiges accrochées à lui, qui ressemblent à des cannes à pêche en haut desquelles sont attachées des vieilles antennes télé, avec aussi du linge qui sèche et des objets agglutinés, me charme.

Je choisis de ne pas suivre M., D. et P. qui veulent voir le delta du Mékong en une journée, pour rester à Ho-Chi-Minh City. C’est trop tôt pour déjà voir autre chose ; même si je sens bien que je regretterai aussi ce choix, je veux éviter, au moins un peu, la dispersion et le survol. Descendu dans les rues, une carte ouverte à la main, je la vois me claquer à la figure à un croisement : un Vietnamien en moto a dû être géné. Range ta carte, regarde. Sans but précis je marche. Je découvre un parc où la verdure et des bonsaïs somptueux, aux troncs aussi massifs que sont minuscules leurs feuilles, m’enchantent. Je mange dans une petite échoppe au coin d’une rue, sur un petit tabouret en plastique. Je regarde et j’écoute autour de moi les Vietnamiens. Je lis aussi, je commence la lecture d’Un barrage contre le Pacifique (et là deux remarques : il était temps ; quelle originalité) : « Comme quoi une idée est toujours une bonne idée, du moment qu’elle fait faire quelques chose (…) même si tout échoue lamentablement, parce qu’alors il arrive au moins qu’on finisse par devenir impatient, comme on ne le serait jamais devenu si on avait commencé par penser que les idées qu’on avait étaient de mauvaises idées ».

Le soir on se retouve avec M., D. et P. Récits des journées. Dîner au Bao, l’escalier mène jusqu’à de grandes tables et de grands bancs, salle ouverte à l’étage sur une grande artère où la circulation mélange ses essences avec celles des plats, ce sont eux qui l’emportent, où nos paroles se mêlent à celles des Vietnamiens, et à la musique tonitruante, doit me traverser l’esprit une pensée comme : c’est barge ici, j’aime.

Ce contenu a été publié dans vietnam 2004. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à hcmc

  1. P. dit :

    Emouvant ! Densité végétale des méandres du Mékong, beau voyage d’une journée pleine comme l’eau profonde et opaque de boue sur laquelle un moment nous glissâmes, au-delà de ce qui est demandé aux touristes que nous sommes restés. P.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *