iduna et braga – de la jeunesse, philippe beck

Souvent, on assiste au spectacle des bras qui tombent, des voix qui se taisent, des paupières alourdies. On subit les paroles inhibant, les clichés paralysant, un aquabonisme lourd. Mais il y a aussi des zones de sollicitation. C’est plaisant par exemple de voir associées dans le livre de Philippe Beck la jeunesse et la poésie (et aussi de trouver dans les phrases de Philippe Beck les mots avec lesquels je circule, « frayement » et « fraîcheur »). La poésie est de la jeunesse libre à cueillir ; la jeunesse est potentiellement poésie. Poésie et jeunesse s’adressent l’une à l’autre comme deux branches mêlées qui se nourrissent de la même sève. Affronter la tradition fatiguée, grinçante, exténuée, en attente d’être revivifiée, la jeunesse sait faire : « jeunesse est chercherie, frayement ». La jeunesse n’est pas seulement une question d’âge (Michaux par exemple est toujours resté jeune). La poésie est une impulsion, celle qui consiste à voir de la vie s’animer grâce aux images qu’elle suscite. C’est être « en état de Tom Sawyer : le caractère éduqué aux possibilités d’aventure ». Alors la jeunesse qui s’engage en elle rajeunit la poésie. Aux jeunes, la poésie offre de « faire vibrer le plaisir de sentir la langue où s’élabore la pensée de leur vie. » « Le poème est la pomme de jouvence, la série des phrases plaisantes et consistantes, juteuses, qui entrent dans le vieillissant lecteur. » La jeunesse insuffle à la poésie un renouvellement inventif. Et à chacun de vieillir élargi.

(éditions josé corti – en lisant en écrivant)

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