je suis une plage

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

L’obscurité faiblit. Je m’étire. Une dernière fois, je n’appartiens qu’à ce que je désire.

Je regarde les dunes. Les goélands, le vent me peuplent.

Après le calme des heures matinales, je souffre des voix trop nombreuses des adultes qui se ruent et je pardonne les stridences des enfants et je souffre des moteurs des bateaux qui approchent. Je redoute leurs ancres.

Les avions qui me survolent, qu’ils osent se poser : je les emprisonne.

Sur ma peau, les traces de celles et ceux qui déambulent m’indiffèrent, mais pas le flux des vaguelettes sur ma peau mouillée. Toujours je l’accueille. Je goûte son sel.

J’aime quand un enfant ne pleure plus de poser ses petits pieds sur ma peau sablée, et même me prend dans ses petites mains, et même m’avale avidement.

Châteaux innombrables puis ruines.

Un homme et une femme courent l’un après l’autre, tombent sur moi, roulent, s’enlacent, chahutent. J’entends comme personne leurs rires percer, leurs souffles se mélanger, leurs petits cris de frayeur jouée et de plaisir naissant. Maladie d’amour, maladie de la jeunesse.

Les rochers silencieux et immobiles m’entourent et le soir me réchauffent, comme un châle.

J’aimerais changer de couleur de peau, être grise, être noire. Pour me transformer en un vrai cimetière de coquillages.

C’est le soir. La solitude dans les têtes de chacun, je la sens. Les corps avancent. Mêmes pas mécaniques, vides. L’heure de rentrer dans ce qui leur est imposé. Il faut, je dois. Fin de la plage, fin des désirs et des vagabondages. Glu des heures qui enchaînent.

Le soir, je suis légère. Je suis bien. Quelques-uns s’attardent. J’aime leurs mains chaudes encore sur ma peau qui fraîchit.

La marée monte.

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

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