la fraîcheur *19

L’air s’amuse à être froid maintenant. Je regarde les feuilles jaune pâle, elles tiennent encore, elles vont chuter. Elles seront bientôt abimées par la pluie qui menace, piétinées par les pas qui se traînent dans les rues, exténuées par le temps. Le ciel est noir. Les ombres des branches se reflètent sur le sol. Elles ressemblent à des bras démembrés.

La lune est la seule lumineuse, là-bas. Pas une étoile. Glacial vide.

Le froid s’intensifie, s’étend, s’impose. La buée jette ses vains cris silencieux. Les dernières traces de feuillage seront brûlées par la neige ; le tapis blanc, à son tour, par les pas des penchés qui le piétineront. Il faudra franchir l’hiver comme on passe les jours sans corps nu qui nous enlace, en tremblant.

Il faudrait des jours qui dévient le fil du temps, des bouteilles qui réaniment mon corps, des musiques qui m’invitent à danser, longtemps.

Une brèche. Une nuit entière de vibrations, de frottements, de troubles, d’essoufflements et de nouveaux départs. L’oubli du monde et du temps, dans l’orage du rythme qui ruisselle sur les peaux. Éclairs. Les danses dans un désordre intarissable fleurissant, je maintiens mon corps éveillé comme un fleuve, pour être le premier, au moment où la musique, en cessant avec la nuit, me donnera le signal de nos retrouvailles, à m’enfuir avec la fraîcheur du matin.

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