le bel été (des premiers paragraphes) -2

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

L’Etranger, Albert Camus

Texte découvert à l’adolescence, j’avais été frappée de la sécheresse et de la brutalité de l’annonce de cette mort. La notion du temps m’avait fascinée chez le personnage de Meursault. J’aimais qu’on ne puisse dater précisément la mort de sa mère. Je trouvais le personnage d’une complexité inouïe et le trouve d’ailleurs toujours. Je n’ai jamais compris d’ailleurs la facilité avec laquelle certains de mes collègues de lettres parvenaient à étudier ce roman en texte de bac. Je n’y comprenais rien, rien n’était à expliquer, j’aurais été et serais toujours incapable de l’expliquer à des élèves. Enfin, ce qui me frappe dans ce paragraphe aussi est le mot « asile ». Était-ce un asile de fous, comme ma conscience adolescente me le laissait imaginer ou un asile où les vieux sont réunis, pour mourir en silence ? De quoi était donc morte la mère de Meursault ? Peu importe. Ce qui me frappe, c’est « l’atemporalité » de cette mort et le mystère inexplicable à mes yeux de la conscience de Meursault.

Amandine

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