le bel été (des premiers paragraphes) -5

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n’aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l’avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation. Il se demanda même pourquoi. C’était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois…Qu’elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n’y aurait pas repensé après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l’irritait.

Louis Aragon, Aurélien

Plus qu’un paragraphe, c’est cette première phrase qui m’a frappée. Je devais connaître un peu l’histoire du roman et cherchais quel déclic allait être à l’origine des nouveaux sentiments d’Aurélien. On se dit qu’il se pose tout de même de nombreuses questions sur cette Bérénice (peut-être en raison de son prénom justement) alors qu’elle devrait lui être indifférente. C’est vrai, pourquoi se poser autant de questions sur un être à première vue déplaisant ? Je ne pense pas avoir été choquée par la sévérité du regard d’Aurélien, non vraiment…on se dit qu’avec un début comme celui-là, cette « première fois » augure de grands tourments amoureux car on devine déjà qu’Aurélien s’est épris de Bérénice… J’ai un peu oublié le roman, j’en retiens surtout l’idée qu’il était très beau. Je me souviens d’une histoire de masque, qui ancre encore Bérénice dans un imaginaire. Il faudrait que je relise mais Aurélien n’est-il pas amoureux de l’image plus que de la femme elle-même ? A la relecture de cet extrait, je m’interroge aussi sur cette incursion du pronom personnel. Le narrateur est-il un ami d’Aurélien ? J’ai dû me poser ces questions lors de ma première année de Deug à Rennes, Aurélien étant une œuvre au programme. Malgré tout, l’exercice « scolaire » n’a pas altéré le plaisir de lecture. C’est un roman que je recommande systématiquement pour qui veut lire une belle histoire d’amour…

Irène

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