le bel été (des premiers paragraphes)-8

Je m’appelle Karim Amir et je suis anglais de souche, enfin presque. On me considère souvent comme un drôle d’Anglais, un Anglais un peu bizarre, vu que je suis le fruit de deux vieilles histoires. Mais je m’en moque. Je suis anglais (pas vraiment fier de l’être) et j’habite la banlieue sud de Londres, bien décidé à faire mon chemin. Peut-être est-ce ce curieux mélange de continents et de sangs, ce sentiment d’appartenir à la fois ici et là-bas, de ne trop savoir sur quel pied danser, qui me rend nerveux et sujet au cafard. Ou peut-être n’est-ce, après tout, que le fait d’avoir été élevé en banlieue. De toute façon, pourquoi chercher midi à quatorze heures, lorsqu’il suffit de dire que je courais après les ennuis, les coups en tout genre, que j’aimais les histoires, et surtout celles de sexe. Il faut préciser que les choses, je ne sais trop pourquoi, étaient dans notre famille d’un morne, d’un lourd, d’un pesant incroyables. Si vous voulez tout savoir, ça me déprimait complètement, si bien que j’étais prêt à n’importe quoi.

Le Bouddha de Banlieue, Hanif Kureishi, traduit par Michel Courtois-Fourcy

Ayant une double culture, je suis naturellement attirée par des œuvres qui traitent de la question. Ce roman, ce paragraphe, nous plongent directement dans l’univers d’un adolescent clivé qui cherche son identité. Dès les premières lignes, j’ai été complètement intriguée et fascinée, particulièrement par cette phrase : « Peut-être est-ce ce curieux mélange de continents et de sangs, ce sentiment d’appartenir à la fois ici et là-bas, de ne pas trop savoir sur quel pied danser, qui me rend nerveux et sujet au cafard ». J’avais l’impression que cette phrase résumait toute mon adolescence, les questions que je me posais… Une existence entière capturée en une phrase. C’était, à mes yeux, LA phrase qui résumait mes sentiments et émotions à la Perfection. Plus je m’approchais de la fin de ce paragraphe et plus je voyais mon reflet se dessiner au milieu de ces quelques lignes, une impression de se voir dans un miroir. Le Bouddha de banlieue est un roman que je chéris énormément et qui me rappellera mon adolescence à chaque fois que je l’ouvrirai !

Unzila

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