le livre des paraboles – un roman d’amour, enquist

« Ce fut comme si le mot libre avait surgi en lui lorsqu’il s’était approché d’elle. »

Casse-gueule d’écrire sur l’amour sans être vague ou mièvre. Enquist a fini par essayer d’écrire sur l’amour. Il est tard dans sa vie, il ne cesse de se dire que c’est impossible, qu’il « n’est pas à la hauteur », mais une sorte de dette se rappelle à lui avec insistance : la femme, bien plus âgée que lui, qui l’a dépucelé, qu’il n’a revue qu’une fois avant d’apprendre sa mort, souhaite qu’il soit présent à son enterrement ; là, pendant les obsèques, la nièce de celle-ci insiste sur l’importance d’essayer d’écrire un roman d’amour. Enquist essaye donc, à travers la narration de paraboles, où il englobe l’amour, qui a jailli dans sa jeunesse de façon inattendue, à l’intérieur de l’atmosphère religieuse familiale, pesante, contraignante. Tous les signes de démarcation, d’éloignement hors de cette imposition religieuse destructrice, Enquist les ressent avec une heureuse violence libératrice qui trouve son point culminant dans la rencontre imprévue avec cette femme d’une cinquantaine d’années, un après-midi d’été, après la messe.

Enquist raconte cette scène, dont le retentissement prendra une place majeure dans sa vision du monde, avec une précision sensuelle qui lui donne une clarté émouvante. Scène de rencontre qui s’ajoute aux multiples autres déjà écrites. Scène de passage. Mais ici, l’union des deux corps se déroule dans une écoute de l’autre si fine, dans une quiétude et une douceur telles, que l’amour apparaît avec naturel comme la révélation, pour l’adolescent, et la concrétisation, pour la femme, de l’égalité entre eux êtres. Dans l’échange de paroles et de caresses, et de l’idée d’égalité dans la relation entre eux, découle ensuite l’idée de justice. Au terme de leur relation, à l’égalité et la justice mêlées s’ajoute une délivrance – l’expérience de la liberté – qui lui fait écrire (et qui fait écho à L’Oratorio de noël d’un autre auteur suédois, Göran Tunström, où l’un des personnages, rejeté par la femme qu’il désire, écrit dans son journal Des Caresses : « Si tu veux vivre, mon fils, vis auprès des femmes. Ce n’est ni un bien, ni un mal, mais c’est vivre. A un millimètre, à une seconde de leur sexe se trouvent tous les contes que la vie peut conter. ») : « Et maintenant il saisissait ce dont il avait eu l’intuition auparavant : c’était cela, en réalité, le sens de la vie. Il avait été délivré. C’était ça, la vie. »

(Tentative – délicate – de résumé : l’amour pourrait être une expérience qui apparaît à des moments comme ceux où l’union égale et juste de deux êtres sensibles se concrétise dans l’union de leurs corps, qui les conduit à se sentir libres. La remémoration, et l’écriture de l’expérience qui a pu faire jaillir cette idée de l’amour, éloignent un peu celles-ci de leur mort.)

(traduit par Anne Karila et Maja Thrane, éditions Actes sud)

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