l’homme oligarchique

Il y a des hommes qui disent se mettre au service des autres. Ils ont de la volonté, mais aussi une carrière, par imitation, instinct de conservation, volonté de survie, vide. Cela les fatigue, à force. Il n’entendent plus l’usure de leur discours. L’homme qui dit avoir une vision pour les autres est au fond un homme myope. Vieilles recettes invariablement ressassées.

Pensant que cela ne circulera pas ailleurs que dans le même petit cercle fermé des habitués, il fait profiter de son pouvoir autour de lui. Il distribue à ceux qui ont déjà ou qui auront bientôt. Autant que possible ; plus, si possible. Il ne donne pas à ceux qui n’ont pas grand chose ou qui n’auront rien. Mais patatras, ça circule ailleurs, ça se sait. Et il s’étonne, et il s’offusque, qu’on s’en étonne. Il ne voit que ceux qui sont à côté de lui. Vieille habitude. Il ne donne pas à ses actes l’exemplarité que devrait avoir son discours. Ce serait possible de donner leur part à ceux qui sont exclus du cercle. Regardez, ce qu’il faudrait faire, je l’ai fait, dirait l’homme. Je donne confiance, j’ouvre la porte, j’intègre, je fais circuler les parts à ceux qui en sont généralement privés. Mais l’homme est vieux. Au lieu de recul et de bon sens et de raison, il raisonne en privilégié. Il ne voit que son problème. Il ne voit pas le problème. Il ne le voit que parce que la survivance, remise en question, de son ambition personnelle, l’oblige à voir. Il reproche qu’on le lui reproche. L’homme ne s’aperçoit pas que la légalité n’est pas un argument suffisant. Il lui arrive de permettre le pire, à la légalité. L’homme s’étonne. Ce n’est pas à son avantage quand ça circule de trop.

L’homme s’accroche. L’homme invoque la démocratie mise en danger par les autres, préservée par lui. L’homme ne voit pas que le simple fait qu’il soit encore là, à parler de la démocratie, pour reconquérir le pouvoir qu’il a déjà maintes fois exercé pour le compte d’un petit nombre, est le contraire de la démocratie. L’homme ne voit pas que le problème commence dès qu’il sollicite encore une fois la place d’homme de pouvoir. L’homme est perdu, fichu, et il persévère. A quoi joue l’homme. L’homme est désespérant. L’homme est prisonnier de réflexes hors d’âge qu’il n’est plus capable d’analyser. L’homme sans recul sur lui-même veut gouverner les autres. Le guide est aveugle. Il ne mesure pas les conséquences. Il joue avec le feu. Il se moque des autres. Il y a lui et ceux qui sont pour lui. Le monde s’arrête là. Quand le monde se rappelle à lui, il se souvient de son existence encombrante. Il s’agace. Il va devoir faire avec un moment, le plus court possible, pour s’en débarrasser encore, le plus longtemps possible. L’homme dans son étonnement ensevelit l’homme. Gouverner, c’est ne pas voir.

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