lire dans la gueule du loup – 4/la part sexuelle

Situation d’enseignement : lire un texte court et donner la parole. Partir des réactions spontanées des élèves. Par exemple, Hamlet et Ophélie. Pour des étudiants de Merlin-Kajman, il veut coucher avec elle. Il n’est pas amoureux. Ses mots sont là pour tromper Ophélie. Il ne ressent rien d’autre, rien de plus complexe dans ses intentions. Selon l’auteur, ses étudiants réagissent ainsi parce qu’entre Hamlet et eux, il n’y a pas d’écho, pas de rencontre, pas d’expérience partageable. Ce serait peut-être parce que la sexualité a pris le dessus, dans leur génération, sur l’amour. La lecture par des élèves, du Grand cahier d’Agota Kristof, en témoigne : ils ont « vu et entendu bien pire », avance l’une d’elles. Ce roman, pour Merlin-Kajman, est une illustration de ce que la lecture d’une œuvre peut avoir de dispathique, même si ce qu’elle met en scène n’a pas pour but de se féliciter de la violence de ce qu’elle raconte (les effets de la guerre et de la violence sur deux enfants), mais d’en formuler une critique sans ambiguïté. Cependant, ses effets dépassent l’intention. « Or, précise Merlin-Kajman, je ne cherche pas à endurcir mes élèves, encore moins à les décomposer. J’attends au contraire de la littérature qu’elle ajoute nuance sur nuance à ce qu’ils sont capables de sentir et de dire, de façon à ce que le monde s’élargisse pour chacun d’eux, le monde commun, mais chacun à sa propre manière et par ses propres voies, sans qu’aucun passage ne soit forcé ». Pas d’éducation par le traumatisme. Merlin-Kajman fait confiance au langage pour faire « res-sentir ». Il ne peut donc y avoir de lecture univoque d’un texte, mais des questions, des associations, des propositions à, encore, partager.

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