lire dans la gueule du loup – 5/au bord de la terreur

Traumatisme, terreur. Dans la continuité du chapitre où il est question du Grand cahier, Merlin-Kajman poursuit et affine sa réflexion autour des scènes ou des images pouvant provoquer un malaise chez le lecteur : un récit peut très bien mettre en scène une terreur partageable, qui n’engendre donc pas de trauma, à partir du moment où il permet un balancement entre la terreur et le « devenir », une ouverture qui ne bloque pas les personnages dans la terreur. Ainsi des Métamorphoses d’Ovide, où se trouvent dans le texte, à la fois « trace de malheur et trace de secours ». Dans la mesure où le lecteur ne se sent ni démuni, ni seul dans la douleur énoncée, grâce à l’écriture, il peut « res-sentir ». L’existence, dans les œuvres littéraires, d’une possibilité de métamorphose, au sens où rien ni personne ne restera figé, est un partage essentiel. Il y aurait plusieurs sortes de lecteurs : celui qui s’enferme dans sa lecture traumatique et qui reste piégé en elle, en lui-même ; et celui qui sait jouer avec le texte en l’associant au monde (pas seulement littéraire) auquel il (le livre, et le lecteur) appartient.

Merlin-Kajman : « Pour moi, lire, c’est m’ajouter quelque chose à moi-même : un possible intérieur qui s’anime, mais sous un autre jour : et, de la sorte, par ce partage, s’éclaire ».

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