lire dans la gueule du loup – 7/liens anachroniques : du présent vers le passé

L’usage veut que nous parlions d’un texte littéraire en l’inscrivant dans son époque passée – le contexte, en le coupant donc, presque inévitablement, du présent de la lecture, afin d’éviter des anachronismes malheureux. Merlin-Kajman veut quant à elle rappeler que « l’émotion présente » au moment de la lecture s’invite là encore, presque inévitablement, dans le texte appartenant au passé. Elle développe l’idée que « le partage révèle quelque chose du lien existant entre le passé et le présent – entre les hommes du passé et nous-mêmes […] Les dates sont partielles, partiales : elles isolent et découpent des événements mais ne font pas droit aux résonances et au feuilletage ». Il n’y a pas nécessité de s’identifier à un personnage du passé pour cela. Mais par la lecture, le passé coule jusqu’au présent, le questionne en dévoilant les constantes qui les réunissent. Merlin-Kajman illustre son propos à partir de deux comédies de Molière : Le Bourgeois gentilhomme et George Dandin, qui posent la question du nom que l’on porte, et de la construction de l’identité sociale (« comment et par qui est définie l’identité sociale ? » dit Roger Chartier), qui entre en résonance avec notre époque. Des relais se créent entre les époques et offrent au présent la possibilité de mieux se lire.

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