lire dans la gueule du loup – 8/à l’avenir

Merlin-Kajman revient sur le déplacement de la notion de littérature, qu’elle élabore dans son essai, à travers l’exemple des Mémoires de Campion, militaire qui a vécu au XVIIème siècle. Au sens social du terme (Viala, Naissance de l’écrivain), Campion n’est pas écrivain ; ses Mémoires n’appartiennent pas à la littérature : elles n’avaient pas d’intention littéraire ; elles n’étaient pas destinées à être publiées. Cette classification, Merlin-Kajman la conteste : « Un texte n’est pas littéraire parce qu’un auteur en décide, parce qu’il a choisi la bonne stratégie pour y parvenir, parce qu’il avait le bon habitus. Un texte ne devient littéraire qu’en fonction du partage qu’il donne à ouvrir. Ce qui signifie qu’il est lui-même ouvert sur quelque chose qui le décolle des intérêts sociaux immédiats ». Le texte de Campion touche Merlin-Kajman car il ne censure pas sa sensibilité d’homme, il ne tombe pas, contrairement à ce que son expérience des guerres, des violences, des viols, aurait pu laisser croire, dans « l’impassibilité traumatique ». En un sens, un texte n’est jamais enfermé sur lui-même, il peut toujours s’adresser à l’avenir, surprendre, proposer. Être potentiellement en devenir.

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