lire dans la gueule du loup, hélène merlin-kajman – 3/gaietés traumatiques

Autre illustration de la différence entre texte emphatique et dispathique, autour du rire. Dans la littérature, il peut être une mise à distance de la dimension traumatique du récit, celle d’une scène conjugale par exemple, visant à surmonter sa part violente, à prendre des distances avec la souffrance qu’elle a engendrée. Mais il peut aussi se contenter d’installer une connivence avec le lecteur, et transformer la scène en scène uniquement grotesque, dégradant ainsi les personnages. Le rire, alors, supprime les autres sensations, rend univoque la lecture. Le rire qui ne rit que pour dégrader est comme un « fouet » sur la peau qui interdit toute autre sensation, et ne laisse pas de place à l’empathie. Il y a bien pourtant un rire « empathique », celui qui ouvre à une gamme d’émotions variées, ce dont témoigne Santiago Amigorena dans 1978: « Ce qu’il prônait, absolument, c’est qu’il fallait sentir et penser ses propres contradictions : éprouver vraiment, non pas le plus profondément possible, mais le plus personnellement possible, le plus intimement possible, ses joies comme ses peines ».

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