l’usage du temps

Passage infime dans mon champ de vision, quelque chose comme une minute dans la mobilité et l’instabilité du temps. Dans l’obscurité du soir, sur un sol gris clair qui fait survivre encore un peu, avec l’aide du ciel gris, un peu de luminosité, longé par de la terre sèche, poussiéreuse, une femme de dos, tunique rose, veste marron, porte des branches d’arbre sur sa tête qui la font ressembler à un buisson en mouvement, tête enfouie, perdue dedans, qu’on ne voit presque plus. Elle s’éloigne pour bientôt se perdre dans le paysage d’arbres qui entoure la rue et qui l’attend. Sa chevelure de bois m’intrigue. Un peu plus loin devant elle, une petite fille habillée en noir. Elles emportent leurs vies avec elles, loin de la mienne, lentement. Dans le rythme de leur démarche, autre chose les éloigne de moi : la nonchalance avec laquelle elles avancent contredit mon désir d’aller vite, d’accumuler les images, les sensations, les lieux, les étapes. Me viennent à l’esprit ces extraits de nombreux films où les plans s’enchaînent à une vitesse folle qui ne permet pas à l’œil de fixer quoi que ce soit d’autre que leur rapide effacement ; et ceux du film de Sokourov, Mère et fils, dont l’immobilité s’apparente à des tableaux. Quel usage du temps inclure dans le mouvement de ma vie, pour ne pas se détourner de sa richesse ?

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