mes vies seront courtes et innombrables

Je scierai du bois dans la forêt pour épuiser et ne plus entendre les vociférations de mes colères. Cela durera six ans.
Je travaillerai à me défaire de la glu qui me définit. Cela durera cinq ans.
Je disparaîtrai au plus profond des océans et je parviendrai à m’enfoncer dans la croûte terrestre pour me cacher encore. Cela durera quatre ans.
Je sculpterai mon ennui et cela s’étendra sur des kilomètres. Cela durera trois ans.
Je boirai du thé noir en silence au pied du ravin d’une montagne inondée. Cela durera deux ans.
Je retournerai sur la grève et mes pensées agiront comme un aimant. Cela durera un an.
Je passerai mon temps à marcher dans des forêts immenses où je n’avalerai que du vent. Cela durera douze ans.
Je me laisserai porter par les vagues des océans, je viendrai me briser contre les rochers, je renaîtrai invariablement. Cela durera onze ans.
Je serai immobile comme une falaise, caressé par la houle. cela durera dix ans.
Je serai la feuille qui s’amuse à changer perpétuellement d’arbre et de couleur. Cela durera neuf ans.
J’irai percuter la paix pour qu’elle ne s’étiole pas mais plane paisiblement. Cela durera huit ans.
J’appellerai les rires de la fenêtre du jardin, où le mur de jasmin offre son embellissement d’une saison à l’autre. Cela durera sept ans.

J’atteindrai peut-être la traversée. Cela ne durera pas assez.

Mes enfants se pencheraient peut-être sur elle. Ils en feraient des confettis de fête.

Ce serait le bon moment pour recommencer.

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Une réponse à mes vies seront courtes et innombrables

  1. P. dit :

    J’aime les vociférations de (mes) tes colères et la glu qui me (te) définit. Monsieur, vous exagérez.

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