moments dépourvus d’événements (10)

L. lit, je lis, et nous nous parlons. M. joue, il construit une montagne de sable. Les vêtements, les objets, sont en désordre. La dune, abîmée par les pas et les sauts, qui reprend quelques forces, plonge sur la plage en pente douce. Son relief vert vif, mobile, coiffé ou décoiffé par le vent. Les innombrables grains de sable sec, presque blancs, recouverts, sur une portion, d’une pellicule de sable marron, imposent leur masse collective, puis laissent place à la mer bleue, haute, arrivée au terme de son trajet, qui fonce à mesure que le soleil irradie moins fort, rayonne ailleurs. Les clapotis des vagues sont comme fatigués, il y a même quelques brefs instants de silence entre eux. Plus personne ou presque, depuis que quatre marcheurs se sont éclipsé au loin. Un zodiaque gris et bleu ; une barque blanche, vides. Plus de cris d’enfants, plus de conversations d’adultes, plus de rappels à l’ordre. Un amenuisement progressif, naturel, des traces des existences, doucement. Cela pourrait ressembler à cela, la fin du monde ; une fin paisible, qui ne ressemble pas à une fin, mais à une parenthèse, une plage, un dernier cadeau de sérénité, avant la disparition irrémédiable.

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