moments dépourvus d’événements (11)

Fin d’après-midi douce. Assis tout près du bord de l’océan, c’est comme si mon regard se mêlait à sa surface sans parvenir à percer l’étrangeté des profondeurs qu’elle voile. Il se pourrait bien qu’elles soient décevantes. Les nuances de couleurs sont, elles, facilement perceptibles, des tons verts aux bleus, par nappes, jusqu’à Hoëdic ; ensuite, elles disparaissent de mon champ de vision. A côté de moi, les clapotis inusables et légers des vaguelettes empêchent le silence. A ma gauche, un goéland avance et se dandine sur le sable, cherche quelques miettes de pain, ou de chips égarées sur la plage. A ma droite, quelques vacanciers. Un peu plus loin, près des dunes, assez loin du niveau de la marée haute, le cadavre d’un dauphin échoué. Personne n’y prête attention plus de quelques secondes. Chacun est rattrapé par le désir de courir, de jouer, de ne rien faire. L’autre dérange facilement la quiétude de l’homme, tout occupé à lui-même. Tout le corps du dauphin mort est recouvert d’une pellicule gris-brun de sable humide, cachant, ou ralentissant, peut-être, le phénomène de dégradation de la chair. Combien de temps cela prendra-t-il ? Que fait-il là, comment est-il arrivé là ? C’est une énigme. Le dauphin a fait un dernier voyage, avançant jusqu’au pied des dunes, comme s’il voulait s’éloigner de la mer, déçu, lassé par elle, à moins qu’elle ne lui soit devenue hostile, véritablement, ou trompeusement, à cause d’un dérèglement de ses perceptions. Quelque chose s’est décousu, s’est asséché. Momifié par l’impassible sable.

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