note sur la suppression générale des partis politiques, simone weil

Comment bien débuter une année ? En lisant cet article de Simone Weil, paru en 1950. C’est court, percutant et revigorant. Loin des pratiques primaires des partis, à la mode ces derniers temps.

En un peu plus de trente petites pages, pas le temps de tergiverser. Commencer par rappeler que 1789 n’incluait pas les partis dans sa conception politique. Continuer, en écho au questionnement dans La République de Platon, en posant que « Seul ce qui est juste est légitime ». A partir de là, et avec une rapide et lumineuse bifurcation vers le Contrat social, le grand écart entre partis et justice saute aux yeux : quand, comme font les partis, on fabrique de la passion collective (qui pour Rousseau n’a pas la clairvoyance de la raison), quand on exerce une pression « sur la pensée de chacun » et qu’on a comme fin sa survie, non seulement on s’éloigne dangereusement du désir de justice, mais, n’y va pas de main morte Simone Weil, « tout parti est totalitaire, en germe et en aspiration ».

Simone Weill ajoute : « si on a un critère du bien autre que le bien, on perd la notion de bien ». Un exemple permet de réduire à presque rien l’éventuelle protestation d’un membre de parti assurant de son honnêteté et de sa volonté de faire le bien commun : la façon dont il va presque toujours soumettre sa pensée à la discipline et aux décisions de son parti, quelle que soit l’adhésion qu’il éprouve à leur sujet. C’est ce qui s’appelle porter une « étiquette ».

Alors que faire ? « Des solutions ne sont pas facile à concevoir. Mais il est évident, après un examen attentif, que toute solution impliquerait d’abord la suppression des partis politiques ». Joli chantier. Aujourd’hui, on est très loin du compte, sans doute : les partis dominent les institutions politiques depuis si longtemps. Mais la force de Simone Weil est de rappeler des évidences fondatrices, qui ne s’usent pas avec le temps, mais que, pour conserver le pouvoir, les partis s’emploient à édulcorer ou à confisquer avec hypocrisie ou arrière-pensée.

Simone Weill conclut sur la vertu de l’attention, essentielle à l’esprit pour discerner ce qui est juste – conforme à la volonté générale (sans que l’intérêt personnel n’entre en jeu) – et la nécessité d’exercer sa pensée, sans confondre cet exercice avec celui de prendre, justement, déjà, hélas, parti (être pour ou contre). Voici la façon dont on devrait, selon elle, procéder dans les écoles :

« Méditez ce texte et exprimer les réflexions qui vous viennent à l’esprit ».

(Editions Sillage)

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