première quinzaine de septembre 2017: bribes

principe d’accueil de nos richesses. port des liens stupéfiants, comme en rêve l’indifférence

pétillant tendrement, proche de la folie douce, comme un petit torrent inattendu

j’aime une femme jaillie en virtuose, tissée au plaisir

aride vide a toujours une fin, un autre cœur, puissant, secret, nocturne, vivant à contre-jour

Comprendre la vie, il évite. sensible et rude, il regarde. il découvre des fentes. les jardins, les enfants, sa robe (elle sourit). d’énergiques clartés. apaisé

infatigable sève en errance, rythme voyageur, énergie d’une dérobade

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août 2017 : bribes

invente une communauté où l’on parle, on invente, dans un élan de désordre fluide. possibilité d’émerveillement, et ça semble infini

moisson de magma, air de révolution, métamorphose

sa vie durant, foire chamboulant les carcans, les mirages

dans le désordre, humeurs, moments de fièvre, débordements

où trouver. dans des rythmes insolites. dans un désordre de magie merveilleuse. la fenêtre est immense. feuillette une heure. un jour chantonnait

l’inventivité pousse, perpétuel milieu fluide. devenir

samba souple s’élance sans relâche

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je suis une plage

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

L’obscurité faiblit. Je m’étire. Une dernière fois, je n’appartiens qu’à ce que je désire.

Je regarde les dunes. Les goélands, le vent me peuplent.

Après le calme des heures matinales, je souffre des voix trop nombreuses des adultes qui se ruent et je pardonne les stridences des enfants et je souffre des moteurs des bateaux qui approchent. Je redoute leurs ancres.

Les avions qui me survolent, qu’ils osent se poser : je les emprisonne.

Sur ma peau, les traces de celles et ceux qui déambulent m’indiffèrent, mais pas le flux des vaguelettes sur ma peau mouillée. Toujours je l’accueille. Je goûte son sel.

J’aime quand un enfant ne pleure plus de poser ses petits pieds sur ma peau sablée, et même me prend dans ses petites mains, et même m’avale avidement.

Châteaux innombrables puis ruines.

Un homme et une femme courent l’un après l’autre, tombent sur moi, roulent, s’enlacent, chahutent. J’entends comme personne leurs rires percer, leurs souffles se mélanger, leurs petits cris de frayeur jouée et de plaisir naissant. Maladie d’amour, maladie de la jeunesse.

Les rochers silencieux et immobiles m’entourent et le soir me réchauffent, comme un châle.

J’aimerais changer de couleur de peau, être grise, être noire. Pour me transformer en un vrai cimetière de coquillages.

C’est le soir. La solitude dans les têtes de chacun, je la sens. Les corps avancent. Mêmes pas mécaniques, vides. L’heure de rentrer dans ce qui leur est imposé. Il faut, je dois. Fin de la plage, fin des désirs et des vagabondages. Glu des heures qui enchaînent.

Le soir, je suis légère. Je suis bien. Quelques-uns s’attardent. J’aime leurs mains chaudes encore sur ma peau qui fraîchit.

La marée monte.

La nuit, personne n’est plus nue, plus délaissée. Alors, j’aime m’étendre dans le noir et rejoindre la mer fraîche et obscure et grâce à elle le ciel obscur, et être caressée par les nuages. Cela dure tant dans mon imagination.

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deuxième quinzaine de juillet 2017 : bribes

adolescence, à corps perdu dans la faille, cherchant une intensité, une vastitude irradiant

adolescence, installation de paillettes incandescentes

soirées joyeuses et désespérées, rondeurs et précipices

nonchalance teinte par le malheur qui guette

train-train insignifiant, repli, illusion, plaies, mais en lui soif sauvage

jeune cascade de désirs et d’amertume

être soi peu à peu, en mouvement

corps qui penche, qui cherche à habiter une nouvelle vie

un filet de lumière

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essai d’assèchement de l’île de Houat 5/

24 juillet, grande plage

12h10. Un couple sort de la mer en portant un zodiaque rouge pour le déposer sur le sable sec. Shorts. Manteaux de pluie. Pieds nus. Ils remontent vers le village. Un goéland vole au-dessus de moi en silence. J’écoute le bruit incessant ou presque des vaguelettes au bord de l’eau. La plage est presque vide. Je compte en tout douze personnes. Deux sont assises. Les autres marchent. Un zodiaque blanc s’approche de la plage. Les passagers rament. Pas de bruit de moteur. Il pleut une pluie fine. Je compte une cinquantaine de bateaux au large de la plage. Toutes voiles baissées. Ciel parfaitement nuageux. Nuages blancs, gris. Vent léger. La mer est basse. Le sable sec est recouvert d’une fine pellicule de sable humide, dûe à la bruine de ce matin. Le zodiaque est sur la plage. Deux adultes, deux enfants en sont descendus. Des algues au bord de l’eau. – Marianne, on y va, dit une enfant. Legging noir, manteau rose à pois blancs. Des gouttes d’eau sur les brins d’herbe de la dune. – Ah ah ah ah ah ! Trois personnes remontent vers le chemin qui mène à la plage ou qui fait qu’on la quitte. Petites fleurs aux pétales blancs, aux reflets mauve pâle. Quelqu’un court au bord de l’eau. Un goéland marche sur le sable dans ma direction, seul. Pattes rouges. Bec très fin aux reflets rouges. Pelage blanc et gris. Il plonge son bec plusieurs fois dans son pelage. La personne qui court s’est rapprochée. C’est une femme, manteau jaune, jambes nues, gants noirs. Le goéland est toujours là devant moi, regarde dans ma direction, attend peut-être quelque chose à manger. Vent doux. Il finit par s’envoler, vole d’abord en rase-motte, puis disparaît. Devant moi, des restes d’un château de sable. Je compte 27 donjons de sable disposés en cercle. Des ronces parsèment la dune. Au bout de la plage, loin, à ma droite, le vieux port, détruit par une tempête en 1951. Une partie a été préservée. Une maison blanche, grande, un étage, fenêtres aux volets bleu pâle. La petite île d’Hoëdic (caneton en breton, Houat, canard) face à la grande plage. Un voilier blanc passe entre elle et Houat. Pas un bruit de voix depuis plusieurs minutes. Des promeneurs viennent de ma droite. Ils sont six, marchent deux par deux. Bouées jaunes pour le chenal. Mon capuchon de stylo tombe dans le sable et s’y enfonce presque entièrement tout de suite. Je le ramasse. Deux petits oiseaux volent et chantent. Volent ensemble puis se séparent. Moteur d’avion caché par les nuages. Deux couples forment maintenant un groupe de quatre. Deux hommes. Deux femmes. Une des femmes tousse. L’autre prend son sac blanc et cherche quelque chose. Petites gouttes de pluie. Ils repartent et se scindent à nouveau en couples. L’un est jeune, l’autre plus âgé. La jeune femme tape sur les fesses de son compagnon une fois, deux fois, doucement, amoureusement. Pluie fine et vent léger. Trois voiliers avancent sans bruit vers le port. L’encre et l’eau de pluie forment sur la page droite de mon carnet de minuscules gouttes grises. 12h40.

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essai d’assèchement de l’île de Houat 4/

La terrasse du Siata

20h. Les cloches sonnent. L’heure de l’apéro. Je compte seize verres de bière sur les tables en terrasse. Je reconnais le même couple qui déjeunait la veille chez Loulou, la crêperie. Ils dînent. Allées et venues. Adultes et enfants. Beaucoup de voix s’entremêlent. – On peut manger du sanglier, dit dans mon dos une voix d’enfant. – Baahhh ! Trois jeunes femmes et un enfant. Je commande un demi. Un jeune couple. Tous les deux bruns, cheveux courts. Vareuse bleue et barbe brune pour lui, pull rouge et piercing pour elle, dans la narine droite. Elle fume. Elle regarde en l’air, à côté d’elle. Lui se gratte les cheveux puis la poitrine. Ils portent des bottes de pluie. Ils ne se parlent pas, ils semblent presque s’éviter. – Vous prendrez un dessert ? demande R., qui sert au Siata, tout en desservant la table des clients. Le couple finit par se parler. Quelques rafales de vent. Briquet orange sur la table du couple. Lui rit. Un enfant passe. Rires à l’intérieur du Siata. Le soleil chauffe encore mon visage. Deux enfants courent. Je bois une gorgée de bière. – Et mais c’est une pizza enfant, hein ? – Sur les petits graviers du chemin. – On va passer commande. – J’ai essayé de t’appeler. J’ai fait le tour de l’île. J’ai perdu le réseau. Le couple est rejoint par un autre et se déplace à une autre table. – Arrête de brailler. Les nouveaux arrivés sont pieds nus. – Alors, on va commencer par le menu enfant pour les chipies. Frites nuggets et jambon nuggets. Une moule curry. Une marinière. – Deux. – Deux. – Deux. – Il me manque quelqu’un. – Il y a deux curry. – D’accord. –Deux curry, deux marinières. – Qu’est-ce que vous boirez ? Il y a des petits sirops pour le menu enfant. – Un rosé corse. – Du coup je n’écoute pas les enfants. – Grenadine. – Citron. – Ben moi, ça fait trente-six ans. – Vous les faites pas. – Oh ouaih ? C’est l’air marin. Je bois de la bière, Pelforth blonde. Le verre dit « Brassée dans le nord depuis 1921. – Je pense à la chaîne qui est bien huilée. Je pense au dérailleur qui va bien. – Allez, arrête, venez-en au fait. Telle mère telle fille. Une rafale de vent. – Elle veut toujours faire de la quantité. Y’a pas d’infos dans la phrase. – Je ne suis pas d’accord avec toi. Ciel bleu. Toits en ardoise noire. – On va pas à la plage demain ? – Non, il fait pas beau comme aujourd’hui. – J’ai imprimé le doc. – Voilà notre ami l’oiseau. La femme assise à ma gauche écrit dans un carnet, posé sur ses cuisses. Un petit oiseau marche à mes pieds. Le soleil qui commence à se coucher m’éblouit quand je regarde vers l’ouest. Le conjoint de la femme qui écrit lit le carnet. – Le quoi ? le mo ? – Le moulin. – Le moulin ? L’enseigne de la boulangerie figure un boulanger mettant au four son pain. En arrière-plan, des toits, des cheminées, un clocher. Des traits blancs dans le ciel et un quartier de lune. Au-dessous, l’inscription artisan-boulanger. Le vent souffle. – Bon on va se mettre là. –D’accord. On va pas vous embêter. À l’intérieur du Siata, par la porte entrouverte, j’aperçois trois tabourets gris et une petite table ronde. – Moi, je ne veux pas de pipi au lit hein. Sinon tu dors dans la niche, ou dans un panier à crabe. – Ah voilà. Bruit de verre qui tombe par terre. – On peut s’installer à l’extérieur ? – Y’a un petit peu de vent mais… – Par là-bas ? – J’arrive. – Alors là ? Ici ça vous va ? –Salut ! Bonne soirée. R. passe un coup d’éponge sur la table de la main gauche tout en tenant un plateau de la droite. La serveuse installe les sets de table en papier Badoit. Les verres, les couverts, et les serviettes en papier vert. Le vent est frais. Mes pieds-nus rafraîchissent. La femme à côté de moi qui écrivait s’est installée au soleil, à côté de son conjoint. C’est lui maintenant qui écrit sur le petit carnet. – Papa, papa, papa. Le chien du Siata rentre dans le café. – Attention, c’est peut-être chaud, Paloma. – Alors, j’ai les deux marinières. Pour mesdames. – ça sent bon. – Papa, papa, papa. Je déplie mes jambes. – On ne l’a pas vu en entier. – T’as fini ? La femme lit ce que son compagnon a écrit sur le carnet. Je demande à R. si je peux le payer. Il me répond oui avec un sourire. 20h30.

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essai d’assèchement de l’île de Houat 3/

19 juillet, Le Loric

11h15. Un bateau de pêche, peinture bleu clair et bleu foncé, filet de pêche à bâbord, rentre au port. Je compte soixante-quatre bateaux arrimés au port St-Gildas. Et une douzaine de bateaux un peu plus loin. Mais parmi eux, peu de bateaux de pêche. Activité qui semble mourir à petit feu à Houat. Ciel nuageux. Mer gris-bleu. En face de moi, le rocher du diamant. A droite, la pointe du Tal, avancée de sable pointue. Devant moi, une clôture de piquets en bois, gris, attachés les uns aux autres avec du fil de fer, rouillé par endroits. Une femme habillée en noir, foulard rouge à pois blancs autour du cou, petit sac à dos, lunettes rouges, chaussures de marche, sort son portable et photographie le large, puis elle regarde sa photo, et s’assoit sur le long banc de pierre, sans dossier, situé à gauche de celui où j’écris. Elle essuie ses lunettes, les remet sur le nez. Le bateau de pêche bleu continue de faire des petits tours. Rumeurs de voix d’enfants qui se rapprochent. – D’accord, mais t’as combien de vélos ? – Trois. Deux chez moi, un petit, un petit et un grand. Deux femmes arrivent avec un chien. Un homme photographie le bateau de pêche avec un appareil-photo. Il porte des nu-pieds, un pantalon beige foncé, une veste beige clair, ses cheveux sont gris. Une des deux femmes sur le banc me sourit, puis se lève et s’éloigne. Un petit voilier noir, voiles rouges, approche du port. J’entends le bruit de déclenchement de l’appareil-photo de l’homme toujours à ma droite. – On essaie de prendre le chemin qui longe par là ? – Ouaih. Le Kerdonis, l’un des bateaux qui fait la liaison Quiberon-Houat-Hoëdic, approche du port St-Gildas. Une femme à ma gauche fait tomber à ses pieds son portable, petit, ancien modèle. Une femme plus jeune, rousse, sans doute sa fille, fait mine de shooter dedans. – Le ramasse pas surtout. Le bateau noir a baissé ses voiles. Le Kerdonis est à quai maintenant. Très léger souffle de vent. Au large, je ne vois que trois voiliers naviguer. Mer calme. Le bateau de pêche a jeté l’ancre. Un zodiaque est derrière lui, attaché à une corde. Le pêcheur porte une combinaison jaune à bretelles. Des petits oiseaux au pelage noir et blanc volent devant moi. Un jeune passe sur son vtt jaune, s’arrête, jette un œil vers le port, et repart. Passage d’un gamin en short gris et T-Shirt bleu. Le vent se lève. Rumeurs de cris de goélands. Un voilier jaune, voiles baissées, approche du port. – Mais il est déjà là la bateau ! – Viens Némo, Némo, dit la compagne du cinéaste qui passe ses vacances ici, depuis deux ans je crois, dans la maison qui surplombe le port (ils logeaient avant dans une maison sur la place de la mairie). Elle porte un short, elle est bronzée. La maison est grande, avec de petites fenêtres peintes en bleu clair, une terrasse où se trouve une table blanche et des chaises blanches, et un jardin. Un couple avec un enfant d’une douzaine d’années environ s’installent à côté de moi. L’enfant : – On va manger, j’ai faim. – A midi. – Mais c’est chiant là ! L’enfant s’assoit et sa mère lui passe un portable. Un hélicoptère passe. La femme du cinéaste ressort. – Viens Némo, viens Némo. Elle porte un T-Shirt vert et une veste grise. – Tiens papa. Le garçon redonne le portable à son père et croise les bras. Le Kerdonis, bateau qui fait la liaison Houat-continent, a fait sa manœuvre en marche arrière pour quitter le port et fait demi-tour. Le violier jaune revient vers le port. Direction Hoëdic. Silence du couple et de l’enfant depuis quelques minutes. – T’as pas froid Jules ? – Non, j’ai faim. – T’as faim ? – 41, il est temps d’y aller il sera largement midi. – C’est juste à côté. – Pourquoi pas ? – Cinq aussi ? – Némo, Némo. – Viens là Némo. N’embête pas mon chien. Filou, viens là, Filou, viens ici, viens ici, allez ! – Ca va ? (le cinéaste s’adresse au curé de l’île) – Ca va et toi ? – C’est pas douloureux du tout. – Alors qu’est-ce qu’il t’a dit ? – Rien, c’est à la chaîne : « Au suivant ! ». (Une femme à son conjoint) – Trouve-toi un job de chef de port. – Hein ? – Trouve-toi un job de chef de port ! L’homme et la femme de l’enfant qui a faim pianotent sur leur portable. L’enfant tousse et frotte le sol terreux avec son pied gauche. – Ffff… Moins quinze, on peut y aller. Le fils et le père se lèvent. Le père donne son portable à son fils. La mère se lève. Ils partent en direction du village. Chant d’oiseaux. Vol d’oiseaux. – Le rocher du diamant là-bas. – Quoi ? – Le rocher du diamant. C’est une jeune campeuse, sans doute, qui dit cela à un autre qui la suit en fixant le rocher que l’on voit du Loric. Elle porte un long sac à dos et des chaussures de marche. Un voilier blanc et vert, petit drapeau français à la poupe, quitte le port. Le bateau jaune est accosté près du phare blanc. Deux adultes et un enfant sont au pied du phare. L’air est plus chaud d’un seul coup. Rumeurs de tronçonneuse. Chant d’oiseaux. Vol d’un goéland vers le port qui rejoint un groupe d’une quinzaine de goélands au moins. Vol au-dessus du port. Leurs ailes battent l’air rapidement. Je vois quatre personnes sur la pointe du Tal. – Bon, on continue ? dit une fille à ses parents. Ils se lèvent et prennent la direction du village. Le bateau blanc et vert s’est arrêté à une bouée. Les bateaux tanguent, dansent au rythme lent de la légère houle. – Viens, on va passer par là. Oh c’est beau ! La mer est calme. C’est beau cette couleur, dit la compagne du cinéaste à une amie. Némo est sur la terrasse. Un chat noir et blanc marche tranquillement sur la pelouse, avance, s’arrête, semble écouter. J’appuie sur la cartouche de mon stylo pour faire venir l’encre. Une goutte noire tombe sur le sol. Chant d’oiseaux. 12h.

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essai d’assèchement de l’île d’Houat 2/

dimanche 16 juillet

10h. Ciel uniformément bleu, sauf un petit hémisphère blanc : demi-lune. Un Houatais, P., ouvre la barrière blanche de la maison de son père, veuf, L., et y entre. Il est accompagné par son chien. Les voisins en face à droite prennent leur petit-déjeuner : tartines de pain, confiture, jus d’orange, café au lait, thé. Un parasol jaune et vert les protège du soleil. L. revient avec A. Les cloches sonnent. « Y’a du poisson à vendre au port, que aujourd’hui. » « Le pain grillé, c’est bon, le pain grillé ! » lance en passant la femme de H., patron du Siata. Rumeur de voix provenant de la télé dans la maison des L., à droite. Un léger vent sur ma peau un tout petit peu moins blanche. Un frêle chant d’oiseau. Le boulanger, qui vient travailler sur l’île chaque été pour donner un coup de main à J., sort du fournil d’un pas vif et se rend dans la réserve juste en face. Cloches, carillons : ça doit être l’heure de la messe dominicale. Le vieux L., avec son éternelle casquette blanche et son éternel petit chien blanc, passe, comme de coutume, plusieurs fois par jour devant la maison. Petite discussion sur son chien qui s’est échappé par un trou du grillage qui entoure sa maison, qu’il lui a fallu rechercher. Il me dit l’avoir frappé pour lui donner une leçon, même si dans le ton de sa voix la conviction semble bien mince. L’avocat, en polaire marron, gants de jardinage, égalise la haie qui entoure sa maison, au sécateur. Un ado en T-Shirt blanc et short noir passe en trottinette, tête baissée, concentré sur son affaire. Vol d’oiseaux noirs, de petite taille, qui piaillent beaucoup, puis brusquement, plus du tout. Les voisins en face ferment leur porte et s’en vont. A ma droite, un drap bleu foncé est secoué d’une fenêtre d’un premier étage sur ma droite par des mains invisibles. Le vieux L. repasse devant moi en direction de l’église, sans son chien, direction la messe. Bruit de moteur d’un avion de tourisme. Un plat à four est posé contre le mur, à côté de la porte d’entrée des voisins d’en face. Il y a aussi un sèche-linge plié, sur lequel un short rouge est posé. Une femme passe avec son enfant dans une poussette. Rumeur d’avion de tourisme et de télévision. La lune est un peu plus sur ma droite. J’entends les Stones à la radio, ce n’était donc pas la télé chez les L., par la porte ouverte, « Sympathy for the devil », sur Europe 1. Deux grands parasols de café, la marque Affigem inscrite dessus, en lettres blanches sur fond noir, sont couchés sur la pelouse et les mauvaises herbes qui longe le mur blanc face à moi. Le même ado repasse en trottinette, mais cette fois il porte un chapeau de paille, un T-Shirt noir « île de Houat » et un short de jean bleu. Sur la table de la petite terrasse des L., un grand cendrier bleu, un poisson blanc peint. J’entends la voix d’A., rocailleuse, qui sort, se poste devant le garage et scrute le ciel, comme c’est son habitude, pour en savoir plus sur la météo à venir. Le soleil devient vraiment chaud. J., le boulanger, sort de la réserve et rentre dans le fournil, avec son éternel tablier bleu. M., qu’on a connue il y a deux ans, étend ses serviettes sur le sèche-linge. Elle quitte l’île cet après-midi avec sa fille M. La voisine en face est de retour, elle s’installe sur sa chaise devant la maison et se coupe les ongles des doigts de pied. 10h30.

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essai d’assèchement de l’île d’Houat 1/

(et Perec perce de ces espèces de textes)

Quatorze juillet 2017, de la rue du fournil (mais aucune pancarte)

14h45. C’est calme. Personne dans la rue. J’entends des oiseaux chanter, au loin, puis plus près. Une femme brune habillée en robe orange sort de la maison située en face, légèrement à droite, de la nôtre. Le bruit d’un hélicoptère recouvre le chant des oiseaux et la voix de la femme qui s’adresse à une autre femme, restée dans l’appartement. De la porte d’entrée de celui-ci, ouverte, je vois le lave-vaisselle, porte baissée, que la femme en robe orange remplit de grandes assiettes jaunes avec l’autre femme, en discutant : « Une centaine d’euros la nuit par bungalow. » Le vent souffle un peu. Le linge que j’ai étendu, avant de m’installer sur la table bleu turquoise, sèche. Le ciel et bleu et nuageux. Les roses trémières, aux pétales blancs, rose clair, rose foncé, sont belles. Le garage qui sert de dépôt au bar « Le Siata » (nom de Houat dans l’Antiquité) est ouvert, le volet blanc entièrement relevé. Dedans, une vieille roue de vélo est posée par terre. Accrochées au mur, à la verticale, deux échelles, l’une en bois, l’autre en métal gris. Un carton est ouvert un peu plus loin, dont je ne vois pas le contenu. Sous film plastique, de très grands et très lourds, sans doute, sacs de farine, je suppose, pour la boulangerie : deux sont jaunes, « qualité artisanale », deux sont marron, « tradition française ». La femme en robe orange souffle, sans doute par impatience, ou d’agacement. « Ils ne sont pas bien, le temps qu’ils mettent ». Elle sort et regarde au bout de la rue, puis rentre. Des adolescents passent devant moi, en silence. Ils sont trois. Deux vieux pneus de voiture rouillées sont posées sur le mur extérieur blanc, qui me fait face. A ma gauche, la maison des B., pour l’instant vide, mais T., leur fille, devrait arriver après être passée aux Vieilles Charrues. Devant la maison, une petite table de bois, aux pieds bleu clair, avec une chaise dans les mêmes tons, et en face d’elle, un petit siège de pierre collé au mur. Derrière le volet du garage pend la manivelle qui sert à l’ouvrir et le fermer. C’est J.,le boulanger, qui s’en charge chaque jour, toujours vêtu de sa chemise blanche et de son vieux tablier bleu, usé. Un portable sonne. « Oui, oui. Ah bon ! » Les cloches sonnent. S., un Houatais, vient vers moi : « Ah ! Salut ! – Salut. Tu as vu, je travaille. » Il pousse un diable vide et s’éloigne vers ma gauche. Il aime beaucoup aider les autres. « Faut que je descende au port » dit la dame à la robe orange. Trois adultes passent, en silence. Vacanciers. On entend seulement le bruit que font leurs pas sur le gravier gris du sol. « Attends, je vais dire à Anne que quelqu’un descende. Il faut qu’on descende. Attends, je reviens, hein. » Elle s’en va. J’entends au loin le moteur d’un manitou, ou d’un tracteur. Le vent fait légèrement tourner le parasol. « C’est bon », dit la femme. Elle est de retour, elle porte un chèche blanc autour du cou, un sac plastique et un autre sac à main rouge, petit, s’éloigne avec l’autre femme, qui porte une chemise en jean bleu et un short blanc. En passant, elles embrassent B., réputé, sur l’île au moins, pour être l’un des avocats des Balkany, chapeau blanc, polo blanc et pull bleu sur les épaules, qui ensuite s’éloigne en sens inverse et tourne à droite pour disparaître au bout de la rue. Je reçois un sms de L., partie sur la plage avec M., je lui réponds, puis elle me répond. Trois galets, un gris, deux beiges, sont posés sur le muret de la maison des voisins à droite. Sur la table où j’écris, un cendrier blanc est posé, sur lequel est peint un liseré bleu et des poissons bleu clair. Du garage sort l’une des filles du patron du café. Elle est en vélo, elle porte un pantalon noir, un débardeur noir, et tient une mallette noire de la main gauche. A ma gauche, j’entends puis je vois un homme, assez âgé, polo rayé, casquette, short, arroser des fleurs rouges à l’aide d’un arrosoir en plastique vert. Un peu de vent. Le fournil un peu plus loin, à droite, en face, après deux maisons : mur blanc, fenêtres et portes peintes en rose. Toit en ardoise. Les volets et les fenêtres du premier étage sont peints en blanc. Je n’ai pas entendu de bruit de ventilation depuis que j’ai commencé à écrire. Il faisait un bruit assez insupportable, dont le terme était à chaque fois un soulagement. Je n’entends pas non plus de voitures, pas de moto. Il n’y a aucun rond-point, aucun feu rouge. Je n’entends jamais plus qu’un moteur à la suite. A., le voisin de droite, sort, s’installe sur une chaise devant l’entrée et allume une cigarette. Chemise à carreaux, manches longues, vêtement traditionnel pour lui. Je sens l’odeur de sa clope. « Bonjour A. Je pensais que tu dormais, » lui dit une femme brune, mince, bronzée, chapeau blanc qui protège le visage, les oreilles, le cou, du soleil, gilet blanc, short en jean, qui entre puis sort. Elle s’en va par la gauche. Au-dessus de ma tête, une tuile d’ardoise de la fenêtre des enfants cogne doucement avec le vent. Petit bruit répétitif qui scande le temps qui passe. A. est rentré chez lui après avoir pianoté sur son portable. Il y a quelques années, il a écrit et auto-publié un polar parodique très marrant, à l’occasion de l’anniversaire d’un ami. Un chat noir, yeux vert-jaune, passe devant moi, marche, s’arrête, repart. Il marche à l’ombre, longe les murs. 15H20.

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garde-à-vous !

Sujet d’EMC du brevet des collèges 2017 (Enseignement moral et civique, tenez-vous bien, garde-à-vous !) :

« Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne. Vous êtes chargé(e) de réaliser une note pour présenter une mission des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger.
Montrez en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne. »

C’est à cela qu’on « soumet » des candidates et des candidats, c’est ainsi qu’on demande à des élèves de fin de troisième de « montrer » qu’ils sont de bons, de gentils, petits républicains, et des européens sages, sûrs des valeurs de leur nation ou du continent où ils vivent, conscients de la chance de pouvoir faire confiance à l’armée française, pour les protéger (car à l’armée, on aide, on est gentil, mais on ne tue pas, n’est-ce pas). Surtout, ne pas contextualiser, et encore moins problématiser cette histoire de « mission », mais « montrer ». Patte blanche. Aucune tension, nulle nuance, ne sont en jeu. Dans le sujet d’histoire, il était question de la décolonisation. Comment l’armée a-t-elle agi à cette occasion ? A-t-elle fait preuve de morale et de civisme ?

Une amie m’envoie il y a quelques jours cette réponse rédigée par un(e) candidat(e), qui a circulé sur les réseaux sociaux :

« Je ne sais pas, personnellement, si l’armée française est au service de la France. En principe : oui. En action, par le passé, elle ne l’a pas été. Et actuellement, me direz-vous ? Je n’en sais rien. Il n’y a pas de rapports pour les civils. Les informations nous arrivent par l’Etat, et jamais l’Etat ne va critiquer sa propre armée. « Vous criez à la théorie du complot. » Non, je ne dis pas que l’Etat nous ment, ou que l’armée transgresse nos valeurs, j’ai beaucoup de respect pour les soldats engagés, mais je ne peux plaider une cause sans avoir des sources, des sources sûres. Cet exercice, sauf votre respect, fait penser à une propagande ridicule. »

C’est une réponse morale et civique à une question que sa formulation empêchait de l’être, elle. Elisée Reclus : « Il ne peut y avoir de moralité dans l’obéissance à des lois incomprises, dans l’obéissance de pratique dont on ne cherche même pas à se rendre compte. Il n’y a de morale que dans la liberté. » Mais l’anarchisme, contrairement à la défense nationale, ne fait pas, je suppose, partie de l’enseignement moral et civique.

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