bribes (129)

je me suis libéré d’un adieu aux années suivantes

j’ai pris la douceur amoureuse de la révolution

le rythme ne ronronnait plus, il allait dénicher des terres neuves

pas toujours plus libre

éthique souplesse du don et de la dépense

frêle forge à vivre et à rire

battante, ensoleillée, inoubliable

Publié dans bribes | Laisser un commentaire

cendres

Me voilà : des cendres de cigarette qui plongent dans l’eau, l’eau stagnante d’un canal, à peine remuée par le vent, à peine perceptible. Il y a d’abord le contact avec la surface de l’eau. Un court et léger grésillement : « crwi ». L’immersion de la chaleur dans un bain froid brutal. Contact sonore imperceptible, mais si l’on y fait attention, il s’apparenterait plutôt à un tremblement discret, certes, mais massif, à presque un impact bouleversant. Une sorte de signal que quelque chose laisse place à l’irrémédiable. Ce n’est pas négligeable. Cet irrémédiable, c’est la chute de la cendre dans l’eau. La plongée dans les profondeurs obscures et désintégrantes de l’oubli. Le plus gros des cendres détachées de la cigarette qui se consume dans l’air s’enfonce lentement dans l’eau, mais un peu comme si, tout en s’enfonçant, les cendres continuaient à donner l’impression qu’elles flottaient. Oui, une chute vers les profondeurs qui se déroulerait parallèlement à une subsistance inattendue. Puis, quand le regard se résout à accepter que l’ondulation des cendres à proximité de la surface était sans doute une illusion, il s’aperçoit alors que les plus légères des cendres s’émancipent de celles qui sombrent et remontent doucement, lentement, à la surface, s’en approchent sans l’atteindre, comme si le contact de l’eau avait revitalisé celles-ci, leur avait octroyé un nouvel élan. Je ne peux pas non plus exclure qu’une bulle d’air ou deux les accompagnent dans leur réapparition. Des cendres de cigarette qui sombrent dans l’eau, puis qui reviennent.

Publié dans récits | Laisser un commentaire

bribes (128)

vers l’inconnu de la tentative où les désastres s’estompent et les corps malades fêtent les soldats désarmés

essai solaire, entre pour émerveiller le paysage

extirpant de la libre association des mots les yeux clairs, tels des fenêtres. un aller simple digressant, éparpillant

mouvante nudité tourmente le temps

sur la jetée, au bord du fleuve, douce rêverie, mirage inspiré

pourquoi abandonner ? une faible lumière éclaire les danseurs du temps qui passe

un jardin fleuri parcourt le monde. la plante de mes pieds va s’échapper

Publié dans bribes | Laisser un commentaire

flèche

J’aime me transformer en une flèche, une flèche fine et parfaitement aiguisée. À la recherche de l’impact, de la déflagration intense, bouleversante. D’une redistribution de l’espace. Pour le revaloriser, pulvériser son académisme.

Je vais et je ris des distances. Mais il arrive que je me heurte à des creux. Je ne vibre pas au contact de ma cible. La vigueur de la lueur que je désire voir se propager à l’impact de la flèche que je suis, je ne la ressens pas. Je ne la vois pas. Elle retombe, comme si elle était lestée de lassitude. Une lassitude molle comme un gros nuage gris.

C’est que je ne pourrai pas me transformer en flèche éternellement.

Lorsque je me repose, au bord de la mer turquoise, avant de m’y baigner, je me remémore les quelques fois où j’ai atteint la cible. Ce n’était pas de la magie. Plutôt un point de départ, l’éclosion de brasiers de spontanéité.

Publié dans récits | Laisser un commentaire

la fraîcheur *21

l’âge
l’addition des jours
l’incalculable quantité de battements de cœur
les accélérations et les ralentissements

enjambe la morne et répétitive fatigue
si possible avec souplesse

y surprendre de la fraîcheur

qui désarçonne le désarroi
allant vers l’imprévu débordant
les cloisons

dans un paysage de coquelicots
de la brume inédite
que je respire par la peau

Publié dans la fraîcheur | Laisser un commentaire

bribes (127)

moments vides. se rendre aux murs. routines s’obstinent

consumer les ritournelles antiques de l’inhumanité, peu à peu, inévitablement

la porte ouvre sur la joie venue voilée. le cœur entend le voyage des sons

quête inventive mise à nue

s’épanouir dans les recoins clandestins, car il est vain d’être longtemps

au gré du vent intime et politique

parsème une forme échappée pour l’émerveillement

frayer dans un frôlement l’infinie fuite

Publié dans bribes | Un commentaire

fanthèsies

Avec P., au cours d’un échange de sms, il y a quelques jours, s’est invitée comme ça une petite impulsion récréative, issue de la réunion inattendue de notre amour de Tchekhov et de notre appartenance, plutôt tenace (encore que) et (vaguement) salariée, au système éducatif. Voici donc, la liste – ouverte, de ce que pourraient être, en guise d’hommage à prendre, inutile de le souligner, hautement au sérieux, nos thèses à T. :

Diagnostic de l’évaluation et évaluation diagnostique dans l’œuvre du docteur T.
Compétences de la mélancolie et mélancolie de la compétence chez T.
Oncle Vania et professeurs vannés.
La constante macabre chez Ivanov.
Le contrat d’objectifs dans la vie de Platonov.
Le siècle du décrochage dans l’œuvre de T. : enjeux et perspectives.
Projet de reconstruction de la Cité scolaire La Cerisaie.
Décadence et classe inversée chez T. : une lecture sociale de l’œuvre.
Les méfaits du tabac dans les Rectorats de la steppe tchékhovienne.
Poétique du dialogue ou didactique du silence dans la conversation tchékhovienne ?

Publié dans la vie remue | Laisser un commentaire

bribes (126)

il projette les couleurs vives de l’imaginaire illimité de la sensation de départ. avec énergie et inquiétude

il déshabille la jeune femme charnelle, brutale

goûter au délicieux contact, physique, avec l’émerveillement, le vent, et mille autres énigmes

vague vie, lentement poussif, sans grâce, incertaine, attente vide. routine œuvrait jusqu’à l’insignifiant, et le cimetière

comme un esprit fantôme, il rêve de la découverte de la magie enveloppante de sa poitrine

le regard fendu, il a perdu la trace vécue. se fait mécanicien des vagues d’amours

souvenirs de rires emportant un visage, chantant le ruissellement qui éclate sans boussole, comme un appel irrésistible qui pousse ailleurs et dessine la vie nue

Publié dans bribes | Laisser un commentaire

fourbi du 9 avril 2018

Sentiment mêlé, le matin tôt, de fatigue qui pousserait à hiberner, à s’isoler, et de désir d’aller vers le monde extérieur, de le marquer un peu de son empreinte, d’en percevoir les attraits. Ping-pong.

L’homme assis à la table du café a des cheveux blancs, un pantalon gris, une chemise blanche à carreaux gris, une oreillette, de vieilles lunettes, il lit Le Monde, journal gris, un stylo bic bleu à la main droite, souligne quelques lignes d’un article, tourne la page. « Carnage chimique dans la Ghouta orientale » titre ce quotidien en pages intérieures. Les intrusions des horreurs humaines ne manquent pas, n’ont jamais manqué. Puis l’homme abandonne son quotidien pour un vieux livre aux feuilles jaunies, et son stylo bille pour un crayon à papier et se remet à souligner.

Le ciel est dans son uniforme parfaitement gris.

Les quais du RER Châtelet-Les Halles sont bien gris, aussi.

Je lis Oreiller d’herbes de Sôseki, qui parle de couleurs.

La fenêtre ouverte invite l’air frais mais aussi hélas les klaxons.

Je baille dans le RER. Les gens sont assis.

« Champagne » d’Higelin, quand j’étais gamin, était une chanson qui m’attirait et dont la mélodie me mettait aussi un peu mal à l’aise.

Les feuilles de thé sont sèches dans leur sachet, où je passe la main pour les déposer dans la boule à thé. Puis je verse l’eau de la bouilloire, et la délicate fumée s’élève en silence du mug bleu. Je souffle sur la cuillère de thé et la bois. Le parfum est léger, et c’est ce qui le rend séduisant.

Je me rappelle ce qu’un journaliste avait dit à l’occasion d’un accident d’avion : « Le bilan est de cinq morts, dont trois grièvement ».

Je relis quelques Paroles de Prévert avec plaisir.

La pluie conduit les passants à se protéger d’elle avec des parapluies. On cherche si souvent à se protéger.

Sur le quai, un homme assis, âgé, pieds nus, rouges, gonflés, dans des sortes de babouches, la tête baissée, somnolent, une petite bouteille en plastique dans la main droite, dans laquelle il y a un fond de liquide jaune, et posées à côté de lui, une paire de baskets.

Publié dans la vie remue | Laisser un commentaire

bribes (125)

au rare et doux coquelicot, je souriais. continue

le double visage d’un avenir radieux dérive

sobriété dans l’ombre, et promesse de braises pour la peau et l’esprit, avec le soleil à proximité

la surface instable, dérangeante, de la vie exploratrice qui cingle l’assignation

avenir malmené, humanité comme un marché d’agressivité. renouveler le jeu du monde, vers des bribes enchanteresses, une fête fragile et fraternelle, où attiser un déplacement

fugue, improvisation, le vent saupoudre avec souplesse la surprise

scintillement de femmes nues, dans les fleurs noires brûlantes

Publié dans bribes | Laisser un commentaire