la fraîcheur *21

l’âge
l’addition des jours
l’incalculable quantité de battements de cœur
les accélérations et les ralentissements

enjambe la morne et répétitive fatigue
si possible avec souplesse

y surprendre de la fraîcheur

qui désarçonne le désarroi
allant vers l’imprévu débordant
les cloisons

dans un paysage de coquelicots
de la brume inédite
que je respire par la peau

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bribes (127)

moments vides. se rendre aux murs. routines s’obstinent

consumer les ritournelles antiques de l’inhumanité, peu à peu, inévitablement

la porte ouvre sur la joie venue voilée. le cœur entend le voyage des sons

quête inventive mise à nue

s’épanouir dans les recoins clandestins, car il est vain d’être longtemps

au gré du vent intime et politique

parsème une forme échappée pour l’émerveillement

frayer dans un frôlement l’infinie fuite

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fanthèsies

Avec P., au cours d’un échange de sms, il y a quelques jours, s’est invitée comme ça une petite impulsion récréative, issue de la réunion inattendue de notre amour de Tchekhov et de notre appartenance, plutôt tenace (encore que) et (vaguement) salariée, au système éducatif. Voici donc, la liste – ouverte, de ce que pourraient être, en guise d’hommage à prendre, inutile de le souligner, hautement au sérieux, nos thèses à T. :

Diagnostic de l’évaluation et évaluation diagnostique dans l’œuvre du docteur T.
Compétences de la mélancolie et mélancolie de la compétence chez T.
Oncle Vania et professeurs vannés.
La constante macabre chez Ivanov.
Le contrat d’objectifs dans la vie de Platonov.
Le siècle du décrochage dans l’œuvre de T. : enjeux et perspectives.
Projet de reconstruction de la Cité scolaire La Cerisaie.
Décadence et classe inversée chez T. : une lecture sociale de l’œuvre.
Les méfaits du tabac dans les Rectorats de la steppe tchékhovienne.
Poétique du dialogue ou didactique du silence dans la conversation tchékhovienne ?

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bribes (126)

il projette les couleurs vives de l’imaginaire illimité de la sensation de départ. avec énergie et inquiétude

il déshabille la jeune femme charnelle, brutale

goûter au délicieux contact, physique, avec l’émerveillement, le vent, et mille autres énigmes

vague vie, lentement poussif, sans grâce, incertaine, attente vide. routine œuvrait jusqu’à l’insignifiant, et le cimetière

comme un esprit fantôme, il rêve de la découverte de la magie enveloppante de sa poitrine

le regard fendu, il a perdu la trace vécue. se fait mécanicien des vagues d’amours

souvenirs de rires emportant un visage, chantant le ruissellement qui éclate sans boussole, comme un appel irrésistible qui pousse ailleurs et dessine la vie nue

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fourbi du 9 avril 2018

Sentiment mêlé, le matin tôt, de fatigue qui pousserait à hiberner, à s’isoler, et de désir d’aller vers le monde extérieur, de le marquer un peu de son empreinte, d’en percevoir les attraits. Ping-pong.

L’homme assis à la table du café a des cheveux blancs, un pantalon gris, une chemise blanche à carreaux gris, une oreillette, de vieilles lunettes, il lit Le Monde, journal gris, un stylo bic bleu à la main droite, souligne quelques lignes d’un article, tourne la page. « Carnage chimique dans la Ghouta orientale » titre ce quotidien en pages intérieures. Les intrusions des horreurs humaines ne manquent pas, n’ont jamais manqué. Puis l’homme abandonne son quotidien pour un vieux livre aux feuilles jaunies, et son stylo bille pour un crayon à papier et se remet à souligner.

Le ciel est dans son uniforme parfaitement gris.

Les quais du RER Châtelet-Les Halles sont bien gris, aussi.

Je lis Oreiller d’herbes de Sôseki, qui parle de couleurs.

La fenêtre ouverte invite l’air frais mais aussi hélas les klaxons.

Je baille dans le RER. Les gens sont assis.

« Champagne » d’Higelin, quand j’étais gamin, était une chanson qui m’attirait et dont la mélodie me mettait aussi un peu mal à l’aise.

Les feuilles de thé sont sèches dans leur sachet, où je passe la main pour les déposer dans la boule à thé. Puis je verse l’eau de la bouilloire, et la délicate fumée s’élève en silence du mug bleu. Je souffle sur la cuillère de thé et la bois. Le parfum est léger, et c’est ce qui le rend séduisant.

Je me rappelle ce qu’un journaliste avait dit à l’occasion d’un accident d’avion : « Le bilan est de cinq morts, dont trois grièvement ».

Je relis quelques Paroles de Prévert avec plaisir.

La pluie conduit les passants à se protéger d’elle avec des parapluies. On cherche si souvent à se protéger.

Sur le quai, un homme assis, âgé, pieds nus, rouges, gonflés, dans des sortes de babouches, la tête baissée, somnolent, une petite bouteille en plastique dans la main droite, dans laquelle il y a un fond de liquide jaune, et posées à côté de lui, une paire de baskets.

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bribes (125)

au rare et doux coquelicot, je souriais. continue

le double visage d’un avenir radieux dérive

sobriété dans l’ombre, et promesse de braises pour la peau et l’esprit, avec le soleil à proximité

la surface instable, dérangeante, de la vie exploratrice qui cingle l’assignation

avenir malmené, humanité comme un marché d’agressivité. renouveler le jeu du monde, vers des bribes enchanteresses, une fête fragile et fraternelle, où attiser un déplacement

fugue, improvisation, le vent saupoudre avec souplesse la surprise

scintillement de femmes nues, dans les fleurs noires brûlantes

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les derniers métros

les derniers métros emportent les fatigués

qui baillent ou rigolent, braillent ou chuchotent

les corps dans le vague du sommeil qu’ils veulent ignorer, ou dans l’excitation de la prolongation de la vie

brouhaha de voix coincées dans l’inquiétude

grappes souterraines d’adolescences accrochées à leur incertitude

indolence de regards cuits

le rebord d’une fenêtre au lieu d’une épaule, froid sur la joue

impulsion mœlleuse de lèvres sur d’autres lèvres

tentatives de congédier la solitude

quand je quitte le métro, je passe près des vivants délaissés qui ne rentrent pas chez eux, qui tentent de dormir dans les escaliers et les couloirs froids

je passe près des dévastés

hier s’éloigne dans le virage et le crissement de l’accélération

et le métro fera demi-tour

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bribes (124)

court-circuit, bric-à-brac de formes humaines

gris froid, pluvieux, chante encore. son corps cherche la rosée de consolation

l’avenir invité à la patience de la précarité

la neige, belle quiétude pour les notes de piano

vieillir sans l’émiettement, en éclats de rire

elle tend une petite main et abandonne avec confiance l’air chagrin

mendiant un torrent et la soif

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bribes (123)

soleil !

l’homme va et vient entre eschatologie et scatologie

rivage des confins du monde, par-delà les ports. bribes au fruit étrange et fantaisiste

regard égaré dans les ruelles du labyrinthe. j’attends qui attire

course pour une audace. désire le calme apaisant un peu plus tard

client des brumes rudes qui se faufilent dans les mots

désenfouir la pluie captive, le feuillage vacillant d’amertume rugueuse. continue, cœur. revisite, renouvelle la journée entière

le hasard volontaire aurait provoqué des tas de fragments, lanières d’élans chargés de désirs

toute une nuit de joie, dans un geste de défi, démêle

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bribes (122)

dépourvu de plante verte, les défaillances en entraînant d’autres, le désintérêt me tenaillait

la mer enveloppe la violence de la terre, toujours assoiffée, la mord, s’étend

je dépouille la perte invisible, je désire les rêveries des rythmes à venir

non loin, à l’horizon, à l’affût, elle pique la curiosité, la fuite vers l’étrangeté du monde

le chemin se cogne. ligne brisée, inépuisablement. il se délivre au cœur même de son état

la dimension modeste d’une goutte d’eau. mais le plongeon lui procure un éternel recommencement

l’enfance d’un lieu

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