précipitation

C’est à toi de parler. La simple articulation est âpre, ankylosée, anxieuse, nouée. Persuadé que le paysage ne s’offrira pas facilement, ce à quoi tu aspires est tout près mais se refuse à venir, préfère attendre ou se noyer ailleurs. C’est à toi de parler. Fluidité soudaine, liquide. Tu t’en es aperçu, la parole a irradié de toi, consistante. Il arrive parfois des précipitations de paroles, des débordements de paroles. Cela coule juste pour aller de l’avant, pour fuir la sensation d’une défaillance aux aguets. Plutôt que la sèche immobilité, mieux vaut une précipitation, comme une pluie aux gouttes tantôt rafraîchissantes, tantôt mélancoliques. Ou des gouttes de rosée qui coulent sur la peau et raniment, qui vibrent sans partition sur des cordes en suspension. Et se mêlent aux précipitations des ralentissements, comme des moments de réflexions aigus qui s’incrustent de temps en temps, élans et pauses mêlés. Impulsion, puis calme. La précipitation signifie qu’on pourrait être orphelin, qu’on a peur de le devenir, qu’on peut à tout moment glisser dans un gouffre, mais qu’on ne s’y résout jamais, qu’on veut aussi s’extirper du silence, jongler avec tant de mots que cela prend la forme d’une régénération.

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