qui entrevoit l’Islande (16)

Höfn. Stafafell. La pluie est fine mais elle persiste. Plus beaucoup de nouvelles du soleil. Un 4X4 islandais en panne sur la route. On prend avec nous une Islandaise qui nous demande de la raccompagner jusqu’à l’auberge de jeunesse dont elle s’occupe. Ciel bas, gris blanc. D’immenses étendues de lave se mêlent aux douces traînées du fleuve Jökulsa í Lóni, qui serpente avec lenteur, presque immobile, jusqu’à l’océan. Ou ce sont de multiples et minuscules ruisseaux qui le rejoignent. On bifurque en voiture au bord du fleuve qui nous sert de parking improvisé, puis on marche au hasard. La pluie se fait de plus en plus discrète, comme les maisons (une, bordeaux, fenêtres blanches, guère plus), mais se manifeste parfois. Le chemin est large, pierreux. Il est entouré de pelouses vert vif, de rochers habillés par endroits de mousse vert vif, et d’arbres de taille moyenne, aux troncs et aux branches tordues, sortes de bonsaïs géants. Ce sont des bouleaux, birkitré en islandais. Mais ce qui l’emporte, c’est la senteur inattendue qui émane des petites feuilles de ces bouleaux, rapidement perceptible, entêtante, enivrante, sève âcre, puissante et douce, senteur sans doute suscitée ou accentuée, enrichie par la pluie, dont l’humidité révèle, décuple, le plaisir ressenti. Je suis pris par surprise, je m’approche, je sens, je touche, je ne peux me défaire de l’attraction que cela suscite. C’est la première fois que le paysage s’efface au profit d’autre chose. Le paysage ici, c’est le parfum unique des bouleaux d’Islande. L’air aimante la direction de mes pas, mes narines voudraient retenir pour longtemps, et surtout avec la plus grande précision, mais sans hâte, l’exacte odeur de ce lieu née de la rencontre de l’arbre, de la pluie, de la terre et de l’air.

Il faut bien avancer. Les bouleaux s’éloignent, ils sont derrière moi. Heureusement, il y aura le trajet retour. Le paysage s’ouvre sur un camping posé au bord du fleuve, et sur des petites montagnes de cailloux, tachées parfois de broussailles vertes, que l’on s’amuse à grimper avec M., avant de les redescendre en courant. En face de nous, par endroits, les pentes montagneuses prennent des teintes turquoise. Je coupe, avant de rejoindre le bord du fleuve, où M. jette des cailloux qui disparaissent pour toujours, trois branches, pour prolonger autant que possible l’empreinte enivrante. Les bouleaux sous la pluie bâtissent leur banquet parfumé.

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