qui entrevoit l’Islande (20)

En s’éloignant d’Egilsstaðir, vers le sud, un lac, le lögurinn, s’étire et une forêt le longe, forêt par laquelle un chemin semble mener jusqu’à la ferme de Vallanes, mais non, demi-tour. Un grand lit rouge sans matelas, « The Flamenco bed » est là, sur le côté du chemin. La voiture patine, dans une pente, sur les petits copeaux de bois. Remonter lentement. Une Anglaise vivant l’été en Islande (été 2015 : autour de 7° dans la journée, vent froid) et le reste de l’année en Grèce, nous accueille dans la ferme où elle travaille. Nous goûtons à la fleur de coquelicot (pétale doux et parfumé, tige fraîche et épicée). Promenade jusqu’au champ de colza et plus loin, une longue baraque taguée qui sert de logement, peut-être aux apprentis de la ferme. On croise une voiture fenêtre ouverte : un homme tient au bout du bras une poubelle vide, pour éviter les mauvaises odeurs. Près de la ferme, une petite église (elles le sont toujours en Islande, sauf à Reykjavik), entourée par un jardin et des tombes disséminées au hasard. Les pierres tombales sont discrètes, les corps enterrés sans dalle de pierre, sous de la terre recouverte de pelouse (exceptés les morts récents où la terre seule, fraîche, foncée, est encore visible). Quelques arbres ajoutent à l’aspect paisible du lieu. Un son étrange traverse les murs de l’église. M. veut y entrer (il aime allumer les bougies). Après les rangées de siège, une jeune femme est assise de dos devant un orgue. On s’approche. Elle ne se retourne pas. Elle tient sur ses cuisses un cornet, que M. pratique depuis janvier. Le son étrange, c’était avec l’embouchure seule. Elle me dit qu’elle est dans l’église pour répéter un concert qui sera donné le 18. On sera parti. Une partition est ouverte, l’étude 2 de Phil Snedecor. On lui demande si elle veut bien jouer. Les premières notes éclatent dans le silence et résonnent fortement, sûres d’elles, mais aussi irréelles. La musique s’empare avec force des minutes et s’en retire simplement. C’est passé vite. On peut y aller, comblés par cette brièveté.

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