qui entrevoit l’Islande (21)

Ça ne s’améliore pas : le ciel est invisible, recouvert d’un gris pâle opaque. On y voit à quelques mètres. Mjóifjörður est avalé par d’épaisses nappes grises. Entourant la piste, les chutes d’eau sont nombreuses, de petite taille. Elles témoignent que quelque chose existe sous l’obstacle brumeux. Elles semblent malicieusement glisser par dessous, leur blancheur et leur fraîcheur, si on les touchait des mains, redonnant vie au paysage. Au bord du fjord, M. pisse tout près d’une épave de bateau complètement rouillée, abandonnée là depuis des années, mangée par l’usure, le froid ? Sinon, personne. Tout est calme. Havre de paix, mais brumeux, mais froid. La brume s’estompe à peine mais les couleurs reviennent à Seyðisfjörður : celles des maisons et des bateaux. Jaune, bleu, rouge, turquoise. C’est de ce port que se fait la liaison avec les îles Féroé. On ne verra pas ce bateau livré à la mer, calme ou dévorante. Un homme remplit de harengs de grands bacs au fond desquels un trou laisse couler le sang, mélangé à des petits glaçons collés à des bouts de chair arrachée, des poissons qu’ensuite un Manitou emmène dans un entrepôt.

Plus tard sur la route, bifurcation vers l’ouest, vers Möðrudalur, sous la pluie fine et persistante. La brume ne cède rien. Pause dans le beau café de bois Fjalladýrð, où coule dans nos gorges aux muqueuses décontenancées le chocolat chaud le plus insipide qui soit. Dehors, le lieu, spacieux, reposant, accueillant, fait regretter le froid et la pluie. On aimerait bien y rester des heures, marcher, flâner, lire. Dehors, deux renardeaux, recueillis depuis que leur mère a été fauchée par une voiture, sautillent, pelage gris foncé, nez collé au sol, à la recherche de quelque chose. Leur fourrure deviendra blanche en hiver.

Ni lumière, ni obscurité. Lave noire, lave grise, fin manteau vert, nuages pleins. Le temps passe, le temps fuit. La route, seul témoin humain, n’en finit pas de faire surgir, autour d’elle, la terre en un bloc, avec les oscillations des creux, des bosses, des cailloux sombres, incalculables, figés, maîtres de leur spacieuse immobilité ancestrale.

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