qui entrevoit l’Islande (23)

On traverse là où les hommes sont absents, pour longtemps encore. Brindilles poussent comme grains de beauté sur le sol sec, rares sur la peau noire, ancestrale. Myvatn. Le lac des moucherons, au loin. D’abord, une retenue d’eau turquoise, au bord de la route, fumante et odorante. Avec le ciel blanc, avec les teintes plus claires et variées des reliefs, nos yeux avancent ailleurs. On dirait des dunes où l’austérité du gris foncé est contestée par des traces marron, vertes, orange, jaunes, rouges, blanches, presque brillantes. Mosaïque anarchique au-dessus desquelles les fumerolles dérivent dans le désordre, comme une robe transparente. Cratère Viti. Brume épaisse en suspension. Nos chaussures s’enfoncent dans la terre boueuse, épaisse, collante. Pente abrupte. Au fond du cratère, un lac turquoise se repose. Marches. Nouveau règne noir de la pierre, de la lave, figées, épaisses, indestructibles. Rien ne bouge. Amoncellement inouï, rude, déterminé. Les creux, les fissures, on voudrait les écarter, s’y enfoncer. L’imposante brume voudrait plutôt qu’on s’égare. Belles rides dessinées sur les pentes du Hverfjall. Dans son prolongement Dimmuborgir. La lave crée ses sculptures délirantes, cachalots démesurés pétrifiés, sur lesquels, moucherons du lac, on marcherait sans savoir.

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