s’éloigner

La vie remue, et toi, à force de tergiverser depuis des lustres, à négliger l’alerte et trop tard sentir venir l’imparable déclic qui te cloue là sur place, dans une grimace, tu regardes de ton fauteuil le ciel d’un beau bleu louche par les temps qui courent, mais au moins, eux, ils courent, et tu es ébloui par le reflet du soleil qui s’amuse sans toi sur le mur blanc juste entre toi et le ciel. Et toi, tordu, pollué par ton mal paralysant, tu fixes le paysage comme une grenouille sans pattes sa mare d’eau. La belle journée que ce serait, d’aller et venir, de tondre la pelouse, d’arroser et sentir la menthe et le jasmin te remercier, de chercher le coin de la terrasse entre lumière chaude et air frais, de discuter des heures pour alléger ta besace mentale, de compter les jupes et les robes, qui l’emportera, de participer au mouvement de la vie. Vivent les jambes. Au lieu de ça, planté là dans ton fauteuil. Tu sens l’appel de la promenade te chatouiller les oreilles, l’horizon murmurer quelque chose que tu n’entends pas bien. Il faudra que tu patientes, encore un petit moment. C’est vrai que c’est agréable de sentir ce moment encore inaccessible, mais comme promis, approcher, lentement, comme te narguant, mais avec un sourire qui donne confiance à celui qui le perçoit de loin. La distance n’est plus la même. C’est quand tu en es privé que tu songes au trop peu de temps que tu consacres à la marche, dans les rues, dans les chemins aux images qui ravivent de beaux souvenirs, ou bien nouvelles, pour les prochains. Tu vois les branches de la vigne répondre au vent, esquisser quelques pas dans les airs, mais rester invariablement sur place. Elles ne peuvent pas s’éloigner, elles. Toi, le vent, il n’est pas non plus assez puissant pour te déraciner, mais il sait entrer en contact avec toi pour te réchauffer ou te rafraîchir, selon tes désirs. Tu as fait le malin, joué l’indifférent avec lui, maintenant tu as faim. Ce n’est pas au moment où ton immobilité sera définitive que tu sentiras encore sur ta peau son impulsion timide t’inviter. Etire-toi. Sors de ton idiotie. Redeviens alerte. S’éloigner est une fête.

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